
Antonio Vivaldi - Arie Ritrovate
Sonia Prina, Contralto
Stefano Montanari, violon
Accademia Bizantina - Ottavio Dantone, clavecin et direction
(airs séparés tirés des opéras La Verità in cimento, Orlando Furioso, Scanderbeg, Teuzzone, Tito Manlio + Concerto pour violon RV 369 et Concerto pour cordes RV136)
[Naïve, 2008]
J'étais tombé par hasard sur le concert de Sonia Prina, diffusé l'année dernière par France Musique, qui m'avait bien plu. Peu de temps après paraissait l'info comme quoi ce programme ferait l'objet d'un enregistrement chez Naïve, pour la formidable Edition Vivaldi. J'étais alors très enthousiaste et assez impatient de voir ce disque sortir. Lorsque les sites de ventes l'ont annoncé, j'étais en ébullition, me souvenant de la performance époustouflante que la contralto Italienne avait donnée en octobre 2007 dans Motezuma au TCE (voir critique de Licida). Le disque est sorti quelques trois mois plus tard, et je l'ai acheté au bout de deux ou trois semaines.
Lors des premières écoutes, j'ai eu comme souvent l'euphorie de la nouveauté, de la production attendue, qui rend en général un peu aveugle (ou plutôt sourd, dans ce cas). Car une fois l'attrait de la nouveauté passé, il faut bien se rendre compte que ce disque n'est pas idéal.
Sonia Prina et Naïve ont fait le choix de piocher plutôt dans les airs alternatifs que dans les airs d'opéras perdus. En effet, seuls les deux arias tirés de Scanderbeg rentrent dans cette dernière catégorie. Delaméa et Dantone ont également cherché à reconstituer certains airs à partir des connaissances dont ils disposaient (texte, dates,...), afin d'établir des liens avec d'autres pièces composées à la même époque, et pouvant facilement mettre en musique le texte orphelin laissé à disposition. Concernant cette volonté, je dois dire que je ne trouve pas l'entreprise très utile : ainsi que l'a souligné Vincent Borel dans Classica (note 6), "ce disque relève d’une vivaldimania qui ne voudrait pas laisser perdre une miette de son idole bien plus que d’une redécouverte". En effet, des airs comme "Sarai qual padre mio" ou "Perché lacero il foglio" n'ont rien de différent, si ce n'est le texte, aux "Vorrei veder anch'io" (Damira) de la Verita in Cimento, et "Se a me rivolge il ciglio" de la cantate Amor hai vinto pour contralto. Seul le magnifique "Abbia respiro il cor" présente un intérêt certain car il est reconstitué à partir du mouvement lent du concerto pour cordes RV136, enregistré aussi sur le disque.
En ce qui concerne alternatifs, je m'opposerai en revanche au jugement du même Vincent Borel, qui prétend qu'il n'y a quasiment aucune nouveauté dans ce volume. Si les textes des airs nous sont déjà bien connus, la musique est sensiblement différente. Bien qu'elle se situe toujours dans le même registre que l'air original, elle en varie la mélodie, les harmonies, parfois légèrement le caractère ("Mi vuoi tradir lo so" de la Verita plus incisif et heurté, "Vedi le mie catene" enfin différent des autres "Brami/Stringi/Vedi le mie catene",...). Pour autant, l'inspiration n'en est pas forcément meilleure, et ce n'est pas toujours à un Vivaldi particulièrement en verve que nous avons affaire. Mais on ne peut pas demander à des compositeurs de cette époque d'être des génies dans chaque page, et à ma connaissance, aucun n'y est arrivé.
Les deux airs tirés de Scanderbeg sont d'un intérêt plus évident. Non seulement parce qu'ils consituent des inédits absolus : ce sont les deux seuls vestiges de cet opéra monté pour la réouverture de la Pergola de Florence. Au flamboyant "Con palme ed allori" s'oppose le doux "S'a voi penso, o luci belle", triste lamentation avec basse continue et violons à l'unisson. Les deux récitatifs précédant les airs sont enregistrés par Prina chantant les deux personnages. C'est étrange, d'autant qu'on n'a pas les textes en entier !
Tiens, Prina, parlons-en : c'est tout de même l'artisane de ce disque. Eh bien, elle a ses qualités et ses défauts. On reconnaîtra la qualité de sa diction, la tenue du souffle, son timbre si singulier et immédiatement reconnaissable, ainsi que ses talents de musicienne. Cependant, il faut bien avouer qu'il plâne sur ce récital un peu d'uniformité qui nuit à l'ensemble. Prina ne caractérise pas assez les personnages qu'elle incarne et ne varie pas beaucoup le chant ni les couleurs. L'orchestre également, malgré de belles qualités dont je parlerai plus loin, manque de variété et l'association plonge le disque dans une sorte de suite de morceaux sans beaucoup de relief.
De plus, la voix de la contralto passe visiblement au concert qu'au disque, où l'on a l'impression qu'elle manque de largueur mais aussi d'éclat. En comparant le "Sarai qual padre mio" avec le "Vorrei veder anch'io" de Nathalie Stutzmann, ces manques sont assez évidents.
En complément de programme, on a deux concertos, l'un pour cordes, l'autre pour violon. Dans le premier (mais également dans tout le disque !), on peut apprécier les qualités grandissantes de l'Accademia Bizantina, qui ne cesse de s'affuter : belle homogénéité, vivacité, virtuosité,... Cependant, on pourrait lui reprocher de virer au Vivaldi tape-à-l'oeil : ainsi certains morceaux ("Per lacerarlo", menuet du concerto pour cordes,...) se trouvent quelque peu malmenés par une brutalité autrefois moins envahissante. Autre défaut : il manque toujours à mon sens un peu de rondeur, de chaleur à leur son par ailleurs rapidement reconnaissable. Personne dans Vivaldi n'a encore atteint la perfection de style et de ton du Concerto Italiano d'Alessandrini.
Le Concerto pour Violon trouve en Stefano Montanari un soliste juste, précis, pas aussi impérial qu'un Biondi ou un Carmignola, mais de très bonne tenue, au son plein et chaud.
En conclusion, un disque pas exempt de qualité, mais un peu gris et uniforme, sans grand relief.
On peut également s'interroger encore sur les choix de NaÏve quant aux programmes de ses disques Vivaldi : à ce rythme-là, en enregistrant 4 fois les mêmes airs, et en ne publiant des concertos pour violon qu'à coup de six par an, l'intégrale risque de ne pas arriver à son terme avant longtemps...



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