Mardi 19 mai 2009
- Publié dans : Théâtre
Par magicalme

Wayn Traub, Maria-Magdalena
Théâtre des Abesses
4 mai 2009

Après N.Q.Z.C., présenté au Théâtre de la Ville en novembre 2007, une réussite en tous points, et une véritable révélation pour ma part, j'attendais la nouvelle création de Wayn Traub avec une très grande impatience.
Si la forme n'es pas tout à fait la même, le style n'a pas changé,et c'est un vrai plaisir.

Maria-Magdalena tient du "cinéma-opéra", selon les dires du créateur: Wayn Traub chante seul en scène, et manipule quelques accessoires, tandis que derrière lui est projeté un film, réel support de l'histoire.
Difficile de dégager une trame linéaire, mais, à travers plusieurs scènes, il aborde les thèmes qui lui sont chers: la figure de la femme suprême représentée par Maria-Magdalena, la mort, la peur, le désir... Toutes les histoires sont liées par des éléments récurrents: un couteau, une cloche, un carnet, ou le pied disparu d'une statue de Salomé/Maria-Magdalena brûlée pour avoir compromis un prêtre par son érotisme... Et la confrontation de toutes les pistes narratives et symboliques aboutti, comme cela était le cas pour N.Q.ZC., à une unité d'ensemble, par toujours évidente, mais ressentie: des résonances se créent entre les thèmes, finissent par créer une compréhension presque inconsciente du tout. Et longtemps après, la beauté et la force des images reviennent encore à l'esprit.



L'univers complexe de Wayn Traub, parsemé de références mythologiques et bibliques (la figure du diable revient sans cesse), peut dérouter, comme ce fut le cas pour plusieurs spectateurs qui ont quitté la salle en cours de représentation. Car l'artiste ne craint pas et ne se prive pas de perdre en chemin les spectateurs: changement de registre sans crier gare, alternance de passages narratifs et oniriques qui perturbent le fil conducteur... Malgré une impression parfois d'inachevé, et le sentiment par moments que le film se suffirait bien à lui tout seul, Wayn Traub fait preuve d'un réel talent de conteur, surtout lorsque son texte le lui permet: particulièrement pour l'historiette du soldat chinois perdu dans un village abandonné qu'il ne connaît pas, où il trouve un carnet contenant un poème qu'il a signé, sur sa propre mort... Le sentiment d'angoisse, qui traverse toute l'œuvre, atteint ici son paroxysme, et pourvu que l'on se laisse emporter, transforme le spectateur.
Une chose particulièrement déplorable cependant: le fait qu'il ne vienne pas saluer à la fin du spectacle, nous laissant applaudir un oiseau empaillé aux yeux lumineux, ce qui explique l'accueil tiède, car hésitant, des spectateurs.

Sans rejoindre la perfection de N.Q.Z.C., Maria-Magdalena est un spectacle réussi, qui donne envie de suivre plus avant les tribulations de son metteur en scène. Wayn Traub a ainsi annoncé qu'il préparait pour les années à venir une trilogie sur la fin du monde. De quoi intriguer pour encore longtemps...

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Dimanche 8 mars 2009
- Publié dans : Cinéma
Par SuperGarfield et Magicalme
Un petit article compilant plusieurs mini-critiques de films récemment vus par nous. Les auteurs en sont Magicalme (Herbe, Religolo, Walkyrie) et SuperGarfield (Benjamin Button, Les Noces Rebelles, Gran Torino)


Les Noces Rebelles, de Sam Raimi, avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio,...

La réunion tant attendue (sauf par moi) des deux héros de Titanic. Une belle histoire, narrant le déchirement d'un couple dont l'existence banale les pousse à partir en Europe pour mener une vie de bohème. Mais peu de temps avant le départ, le mari se voit proposer une promotion alléchante, et la femme apprend qu'elle est enceinte. Et forcément, cela ne plaît ni à l'un, ni à l'autre, et ils doivent tout remettre en question.
S'ensuivent disputes violentes, tensions, éloignement, adultère, etc... Bref, une histoire de moeurs, au ton délibérément grave et avec peu d'humour, hormis lors des apparitions du fils fou de la voisine.
Dommage que la réalisation soit à ce point inégale, alternant passages longuets et sans grande imagination avec scène fortes, remarquablement bien filmées (je pense à l'avant-dernière scène, où la femme est seule dans la maison, avec plan fixe et musique statique terriblement évocateurs). L'issue se fait un peu trop attendre, fruit de la manie des réalisateurs américains de devoir mettre une fin claire à toutes les histoires, et l'histoire a du mal à démarrer.
Pour autant, un bon film, qui mérite surtout d'être vu pour l'extraordinaire prestation des deux acteurs principaux, un Leonardo DiCaprio en grande forme et une Kate Winslet toujours aussi sublime et intense.




L'étrange histoire de Benjamin Button, de David Fincher, avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Tilda Swinton, Taraji P. Henson,...

L'histoire d'un bébé qui naît vieux pour mourir jeune, tandis que son esprit suit le chemin contraire. Il était osé de mettre en image cette nouvelle à la trame originale. Le pari est réussi par David Fincher, qui réalise une véritable prouesse cinématographique. La naissance et la mort du héros sont particulièrement bien gérées, et le scénario tout à fait bien construit. Certes, on évite pas quelques longueurs, mais pour autant, on ne s'ennuie pas. Tout d'abord grâce à la prestation des acteurs, excellents et émouvants, mais aussi grâce à l'enchaînement palpitant des événements, et à la richesse de l'histoire. Et puis revoir Brad Pitt jeune, ou même vieux, a réussi à me convaincre que c'était un bien bel homme !




Herbe, documentaire de Matthieu Levain et Olivier Porte

Dans une Bretagne chatoyante et bruineuse, les deux réalisateurs de cet excellent documentaire suivent le combat d'un petit groupe d'exploitants laitiers, regroupés en une association et un organisme de recherche et formation, pour le retour de l'herbe comme moyen d'élevage, face au soja et maïs transgénique employés ordinairement, alimentation fournie par les coopératives agricoles. Portrait à charge et clairement partisan, Herbe a le mérite de faire réfléchir sur la conception dominante de l'agriculture à tendance productiviste, conception qui a débouché sur la mainmise des grands groupes agricoles, dont l'intérêt est devenu essentiellement économique, et à l'endettement des fermiers, poussés par ces mêmes groupes ainsi que par la nécessité de produire du lait pour subsister, à s'endetter sur des sommes colossales, ce qui a pour conséquence un asservissement aux moyens de production intensive.
Sans révolutionner le documentaire, Herbe rempli parfaitement son rôle et alerte sur un sujet d'importance. Car ce qui transparaît dans ce film est aussi le problème de la politique agricole de la France, et de l'Europe. Sans toutefois laisser envisager de réponse optimiste au problème agricole français. Restent pour se consoler les paysages magnifiques de Bretagne, et les portraits attachants de ces éleveurs en croisade.


Religolo, road movie documentaire de Larry Charles, avec Bill Maher,...

Grosse déception que ce film censé pourfendre la religion ! Malgré une approche façon Michael Moore, qui voit Bill Maher (un humoriste américain) aller interviewer des croyants et discuter avec eux pour tenter de leur montrer l'absurdité de leurs convictions, approche qui fonctionne bien pendant une grande moitié du film, avec des portraits assez drôles, et presque surréalistes par moments (l'homme qui s'est convertit parce qu'il a tendu son verre par la fenêtre et qu'il a plu à ce moment là, "pour le remplir", la partie centrée sur un parc d'attraction consacré à la Bible, ou, moment d'anthologie, le sénateur américain qui déclare "vous savez, il n'y a pas de test de Q.I. avant de devenir sénateur", laissant un Bill Maher sidéré !), c'est finalement une gêne qui s'installe devant la grosseur et la violence des arguments employés dans la dernière partie : images de massacres, de guerres enchaînées à un rythme épileptique, pour tenter de nous montrer sans doute combien la religion fait mal aux yeux, ou même arrêt des interviews lorsque le protagoniste face à Maher n'est pas du même avis que lui, méthodes qui desservent totalement le documentaire. La déception est d'autant plus grande quand advient le fin mot de l'histoire dans la bouche de Bill Maher : il faut douter!
Tout ça pour ça?


Walkyrie, de Bryan Singer, avec Tom Cruise, Carice Van Houten, Kenneth Branagh,...

Un regard américain sur un épisode Allemand de la seconde guerre mondiale, cela avait de quoi laisser dubitatif... Il y avait malheureusement des raisons de l'être. Le réalisateur d'X-men (qui n'est pas un mauvais film, à mon avis) n'était peut-être pas le mieux indiqué pour cela : l'approche est tellement hollywoodienne que c'en devient agaçant, et ce malgré un certain suspense par moments.
Tous les aspects de l'Histoire sont ainsi revus et corrigés, passés à la moulinette des scénarios formatés et mélangés à un coulis de bon sentiments : l'histoire d'amour, quand bien même elle serait véridique, n'est qu'un cheveu sur la soupe dans ce film à prétention politique et historique, et l'insistance pataude du réalisateur à travers une scène d'adieux larmoyants n'en est que plus horripilante. Tom Cruise fait d'ailleurs vraiment tâche, dans tout cela : son physique, ses postures, sa diction, et par dessus tout ses regards respirent le formatage hollywoodien, si bien que cela auait pu être n'importe quel film de guerre sur n'importe quel pays, quand les autres acteurs s'intègrent parfaitement dans l'univers fictionnel. Que dire ensuite du formidable tour de force qui consiste à faire passer ces simples nazis aux opinions divergentes (dont la motivation est purement nationaliste, comme le souligne le film sans doute involontairement) pour des sauveurs de la veuve et de l'orphelin...? Tour de force qui culmine dans la réplique convenue : "nous n'étions pas tous comme eux"...
Un point qui m'a particulièrement gêné est le fait que les scénaristes et le réalisateur aient souligné ce formatage hollywoodien de manière relativement grossière : la scène d'ouverture nous montre Tom Cruise écrivant son journal, et le lisant en voix off, en allemand. Au bout de quelques secondes, se superpose une deuxième voix, la sienne mais lisant en anglais ! Quel intérêt, si ce n'est de prendre le spectateur pour un idiot ? Pourquoi ne pas commencer directement en Anglais ?
Un film qui laisse dubitatif.




Gran Torino
, de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her, Christopher Carley

Walter Kowalski, un vieil homme veuf, raciste et irritable, qui a participé à la Guerre de Corée et conserve un attachement aux vieilles valeurs traditionnelles américaines (la religion exceptée), passe la fin de sa vie dans une banlieue de Détroit, solitaire, éloigné de sa famille qu'il n'aime pas.. Alors que l'immigration ramène de nombreux asiatiques et favorise la création de gangs, une famille coréenne s'installe dans la maison voisine. Kowalski voit d'un bien mauvais oeil cette installation, ressassant encore et encore ses souvenirs de guerre, ignorant pourtant que ses voisins font partie de l'ethnie Hmong, qui s'est battue aux côtés des Américains durant la guerre.
Lorsqu'on tente une nuit de lui voler sa Ford Gran Torino, voiture de collection dont il est très épris, il découvre que le malfaiteur est Tao, le fils de ses nouveaux voisins, qui a agi sous la pression d'un gang dont il finit par se détourner. Mais le gang revient à la charge, ne supportant pas l'affront. Kowalski s'interpose avec sa carabine et devient un héros du quartier. Sous la menace permanente d'un retour du gang, Tao et le vieil homme se lient d'amitié.

Ce film de Clint Eastwood est une merveille. On ne sait ce qui contribue le plus à faire de ce film un chef d'oeuvre : l'intrigue, passionante, haletante, attendrissante, est un modèle du genre. Le scénario réglé comme une horloge suisse, avec ses dialogues fins et percutants, son déroulement évident, est extraordinaire de naturel et de franchise. Le jeu d'acteur de Clint Eastwood, malgré ses 78 ans (!), est formidable, inoubliable, même : on se prend peu à peu d'affection pour ce vieil acariâtre à la répartie acérée qui n'est au fond qu'un homme seul avec son incompréhension de l'autre. Les autres acteurs ne déparent pas le moins du monde à l'ensemble, en particulier les jeunes Bee Vang et Ahney Her, très émouvants en frère et soeur pleins de sollicitude envers leur voisin.

Au final, derrière un postulat de base qui peut sembler assez convenu se cache un authentique chef d'oeuvre qui devrait marquer les esprits.



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Dimanche 1 mars 2009
- Publié dans : Musique classique
Par SuperGarfield
Philip Glass : Les Enfants Terribles
(d'après l'oeuvre de Jean Cocteau)
Véronique Briel, Stéphane Petitjean, Vincent Leterme : pianos et direction musicale
Mise en scène : Paul Desveaux

Dargelos, Agathe : Muriel Ferraro
Elisabeth : Myriam Zekaria
Gérard : Damien Bigourdan
Paul : Jean-Baptiste Dumora

Paris, Théâtre de L'Athénée - Louis Jouvet, samedi 14 février 2009



C'était la deuxième fois que nous voyions ce spectacle, présenté l'année précédente au Théâtre 71 de Malakoff. A l'époque, il nous avait fait forte impression, tant grâce au livret qu'à la musique et à la mise en scène. Nous avons failli rater un des rares passages d'une oeuvre de Glass à Paris, mais fort heureusement, nous sommes parvenus à acheter deux des trois dernières places restantes pour la dernière représentation, et nous avons ainsi pu revivre ce moment qui nous avait tant marqué.

Ce qui fait la force de cet opéra, c'est tout d'abord son livret, d'une richesse incroyable. L'intrigue de Jean Cocteau gravite autour de deux frère et soeur à la fin de l'adolescence, Paul et Elisabeth, liés par un amour fusionnel ("sans aucun gêne", nous dit le narrateur), et s'adonnant à ce qu'ils nomment "le jeu", c'est-à-dire une immersion simultanée dans un univers parallèle, auquel seuls eux ont accès. Auprès d'eux, Gérard, narrateur de l'histoire, amoureux d'Elisabeth, tente de s'immiscer dans leur intimité, ce qu'il parvient à faire finalement, lorsqu'arrive Agathe, chargée d'apprendre le métier de modèle à Elisabeth. Ils emménagent ensemble dans la grande maison du richissime nouveau mari d'Elisabeth, qui se tue en voiture le lendemain de leur mariage. Se forme alors un microcosme dans lequel les quatre personnages évoluent, avec le traditionnel lot d'amour, de haine et de jalousie. Ainsi, Gérard est toujours amoureux d'Elisabeth, Paul quant à lui aime Agathe passionément, qui le lui rend bien, sans que chacun soit au courant des sentiments de l'autre.
Cette situation de base donne lieu à de formidables portraits psychologiques. Il faut citer tout d'abord la relation quasi incestueuse de Paul et Elisabeth, mus par un amour et une complicité troublants dont on ne discerne pas bien les contours. Leur "jeu" symbolise le monde de l'enfance, l'innocence du frère et de la soeur ; on apprend toutefois au cour de la pièce que "le jeu" est similaire aux effets de la drogue qu'Agathe consomme régulièrement.
Le statut sexuel de Paul est lui aussi particulièrement flou : ce dernier ne semble pas aimer un sexe mais une personne. Ainsi, on s'étonne qu'au début de la pièce, lorsque l'élève nommé Dargelos lui lance un pavé dans la poitrine, Paul prenne sa défense. Plus tard, on comprend grâce à la photo de ce même Dargelos que Paul caresse amoureusement, qu'il en est amoureux. Et lorsqu'Agathe s'immisce dans sa vie, il en tombe pareillement amoureux, puisqu'Agathe est... le portrait craché de Dargelos.
Le personnage le plus riche, et qui domine la pièce est sans aucun doute Elisabeth, soeur jalouse et dominatrice, profitant de la faiblesse naturelle de Paul pour se jouer de lui à plusieurs reprises, et le mener selon son bon vouloir. Ainsi, lorsqu'elle apprend que Paul et Agathe sont amoureux l'un de l'autre, elle met tout en oeuvre pour empêcher qu'ils l'apprennent, ne supportant pas que Paul s'éloigne d'elle pour une autre. Sa machination finale n'est pas sans rappeler la Marquise de Merteuil des Liaisons Dangereuses, supposément insensible, mais dont on comprend finalement l'amour qu'elle porte à Valmont.
Cette sombre histoire mène Paul à s'empoisonner en pensant ne pas être aimé d'Agathe, et Elisabeth à menacer de mort cette dernière pour finalement... se tirer une balle dans le crâne. Cette fin abrupte n'est le que le seul prolongement possible de l'inexorable sortie de l'enfance des deux frère et soeur : la mort de leur mère, le travail et le mariage d'Elisabeth, leur éloignement progressif, les premiers sentiments amoureux,... Si l'on ajoute à cela l'intrusion dans leur monde de deux autres personnes, la seule issue s'offrant à eux lors de leur passage à l'âge adulte est bien la mort, leur esprit éternellement enfantin ne supportant pas un tel changement.

Sur ce livret que certains critiques ont trouvé ampoulé, sans intérêt, et que je considère simplement comme extrêmement riche, Philip Glass a posé une musique intimiste et relativement sobre. Il faut dire que le choix de trois pianos électriques n'est pas anodin, et que l'absence de variation de timbres permet une grande continuité dans la musique, et unit la trame d'un bout à l'autre de l'histoire. Musicalement, notre Philounet s'est trouvé bien plus inspiré qu'à l'accoutumée, variant bien plus les rythmes, les couleurs harmoniques que dans ses partitions alimentaires si fréquentes, malheureusement. Bon, évidemment, il fait du Philip Glass, et on retrouve toujours ses arpèges, ses batteries de tierces ou d'octaves, mais le tout est ficelé de manière plus réfléchie et mieux organisée que lorsqu'il compose sans réfléchir d'improbables B.O. de films.



Côté vocal, le plateau est satisfaisant. Damien Bigourdan, dans le rôle de Gérard, convainc parfaitement lors de la narrtion, avec une diction naturelle et franche. En revanche, lorsqu'il se met à chanter, c'est nettement moins probant, tant il semble fâché avec la justesse, pourtant pas l'élément le plus difficile de la musique de Glass. Reste la diction limpide du français. Myriam Zekaria est une Elisabeth très convaincante et bien chantante, en dépit d'aigus un peu serrés et criards. L'articulation du texte est parfois un peu prise en défaut, mais c'est tout à fait intelligible dans l'ensemble. Muriel Ferraro est une Agathe puissante, au timbre chaud et plein, et à la diction impeccable. Celui qui s'avère le meilleur élément du plateau est sans aucun doute le baryton Jean-Baptiste Dumora, disposant à la fois d'une présence scénique de premier ordre, d'un jeu d'acteur parfaitement convaincant, d'une voix pleine et puissante, d'une justesse sans faille, et d'une prononciation de la langue parfaite de bout en bout.
Les trois pianistes servent avec précision la partition, et Dieu sait si c'est important dans la musique de Philip Glass ! Ca nous change des interprétations floues et brouillonnes du compositeur lui-même !

La mise en scène de Paul Desveaux, si elle a fait moins forte impression que l'année passée, est très bien réglée : sans temps mort, avec des interludes dansés tout à fait à leur place, et assez troublants, le tout dans un décor sobre, dépouillé, avec un joli fond de scène (où les pianistes jouent installés entre des arbres) et un sable vert sur tout le sol. On peut juste regretter que l'espace clos de la chambre n'ait pas été mieux représenté sur la scène, où le côté trop ouvert ne rend pas suffisamment compte du huis-clos dans lequel s'enferment les quatre protagonistes.

Un beau spectacle en somme, malgré quelques scories parfois préjudiciables à la réussite d'ensemble.

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Jeudi 26 février 2009
- Publié dans : Théâtre
Par magicalme
Marguerite Yourcenar : Comment Wang-Fô fut sauvé
16 février 2009
Opéra Comique
Mise en scène, Benjamin Lazar et Louise Moaty

Scénographie et costumes, Bernard Michel

Avec: Benjamin Lazar
Habanera, quatuor de saxophones

Benjamin Lazar sans sa diction baroque (du moins, nous l'espérions pour un texte du vingtième siècle!), ou ses textes de prédilection (du 17ème, donc), voilà qui avait de quoi intriguer! D'autant plus lorsqu'il s'agit d'adapter un texte de Marguerite Yourcenar.

Comment Wang-Fô fut sauvé appartient au recueil des Nouvelles Orientales de Marguerite Yourcenar. Wang-Fô, peintre réputé et philosophe à ses heures, est assisté de son fidèle disciple Ling, rencontré et subjugué dans une taverne, alors que Wang-Fô se soulait pour mieux peindre un ivrogne. Le prince du pays, qui a grandi entouré par les peintures du maître, trouve, lui, que le monde n'a aucune saveur, comparé aux tableaux qu'il a contemplé toute sa jeunesse, et fait arrêter Wang-Fô pour qu'il finisse une peinture qu'il a laiss é en plan, un paysage qui représenterait pour le Prince l'achèvement de son rêve de perfection du monde peint. Mais il tue Ling, et Wang-Fô s'échappe dans son tableau devenu pendant un court instant réalité sous son pinceau, où il retrouve son disciple. Les deux s'en vont sur une barque et disparaissent à jamais.

Pour renforcer son interprétation de ce texte magnifique, mais aussi malheureusement parce que le texte est assez court, Benjamin Lazar a fait appel au quatuor de saxophones "Habanera", qui interprétait une musique d'Alain Berlaud. Parti pris dans la lignée de ce qu'a pu faire Lazar auparavant  mais qui frappe ici d'emblée par ses limites: la où pour L'autre monde (spectacle adapté de Cyrano de Bergerac), la musique remplissait la fonction d'interlude musical ou de soulignement de l'action, dans wang-Fô, elle n'a que rarement cessé d'être pure interruption de discours (20 secondes de textes puis 30 secondes de musique, c'est un peu léger pour un spectacle de théâtre). D'où un fugace sentiment d'ennui par moments, et de manque de rythme. Benjamin Lazar aurait pu choisir d'interpréter plusieurs textes, plutôt que de remplir celui-ci parfois un peu trop.



Mais malgré ce point négatif, le spectacle reste tout de même très bon, et cela grâce à la magie de son comédien: s'il est bien une chose que l'on ne peut enlever à Benjamin Lazar, c'est sa capacité à faire vivre les textes qu'il dit, et comme il le montre avec ce spectacle, quelque soit l'époque de leur écriture. Sa retenue, accompagnée par un soupçon de gestuelle baroque et la mise en scène intimiste cosignée par Lazar et Louise Moaty, sert parfaitement le texte, dont l'écriture simple renvoie à la précision d'une touche de peinture. Porté par un cheminement vers l'ultime acte de peinture, et la disparition, le texte est figuré par la scénographie sobre mais elle aussi efficace: de gigantesques piliers colorés, symbolisant sans doute les pastels du peintre, sont disposés de manière à former un escalier. Au fur et à mesure que son texte progresse, Benjamin Lazar les gravit, pour arriver sur une plateforme où se déroule la fin de son texte.

Ce n'est donc pas un spectacle parfait que nous avons pu voir, mais un spectacle qui a tout de même renforcé notre impression que Benjamin Lazar est un artiste qui compte de plus en plus. Le fait qu'il ait réussi à se détacher de son monde baroque est d'autant plus annonciateur de bonnes choses et donne vraiment envie de suivre ses prochaines productions.


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Samedi 21 février 2009
- Publié dans : Fourre-tout et rien
Par SuperGarfield


Je viens de faire un tour sur Amazon, m'étant souvenu brusquement que les nouvelles parutions de l'édition Vivaldi approchaient. En effet, le 3 mars, c'est bientôt.
Parmi elles, le troisième volume des Concertos pour violon, joliment intitulé "Il Ballo". La pochette en est superbe, et la distribution plus qu'alléchante. Duilio Galfetti jouera, sous la direction de l'excellent Diego Fasolis dont les réussites Vivaldiennes ne sont plus à prouver.

Je vous le dis, les amis : je suis à fond ! Je suis frétillant d'impatience, le sourire aux lèvres, les mains applaudissant sans que je puisse les contrôler ! Et pourtant, il est un ennemi, un démon que je ne puis empêcher de me sussurrer "Attention, ce n'est pas très raisonnable !" : il s'agit de mon compte en banque. Le salaud. Trois fois à découvert en trois mois. Que s'est-il passé pour que les Ingiusti Numi m'aient retiré toute possibilité de m'abreuver de culture, de musique, d'art, de beauté ? Pourquoi les Cieux m'ont-ils privé de ce qui est, avec la bouffe, ma seule raison de vivre : la dépense à perspective culturelle ? Je dois donc économiser, attendre patiemment que mon compte en banque daigne bien avaler quelque chose (Il faudrait toutefois pour cela qu'on lui propose à manger...), et puis me remettre à nouveau dans le rouge pour le bonheur de mes ouïes délicates et le malheur de ma pauvre mère qui n'a rien fait pour mériter ça. Quant à l'ire de mon banquier, sachez que je ne la crains point, armé que je serai de mes flèches Vivaldiennes !


C'est étrange, parce qu'il fut un temps pas si lointain où je pensais que les Concertos de Violon del Signor A. Vivaldi n'étaient pas sa production la plus passionnante. Oui, je m'ennuyais presque à l'écoute de ces pièces qui, me semblait-il, se ressemblent finalement toutes.
Ah ! jeune imprudent que j'étais ! Oser défier la mémoire illustre de mon idole de toujours ? Le Rouquinou aurait pu me punir ; il a préféré une deuxième chance, en m'envoyant de sa Céleste (ou Infernale, on ne sait toujours pas s'il l'a vraiment conclu, ce pacte avec le Diable !) demeure une seconde chance. Je l'ai saisie, j'ai écouté avec plus d'attention que je ne le faisais habituellement cette musique, et d'un coup, l'évidence : c'est formidable. Pardonne-moi Antonio de mon coeur, tes Quatre Saisons ne sont pas les seuls concertos pour violon de ton corpus a être des chefs d'oeuvre.
Depuis, difficile de me passer de cette production tout à fait à part dans l'oeuvre du Vénitien : sa connaissance étroite de l'instrument lui autorisa tellement de libertés que ces concertos sont sûrement parmi les plus aboutis de l'époque, voire même de tous les temps (n'ayons pas peur des superlatifs : mon pseudo en est un superbe !).

Hélas, le compte en banque, toujours lui, vil, fat, lâche, me nargue : "non, tu ne dois pas utiliser cet argent qu'on t'a gracieusement rajouté en qualité de prêt, et non de cadeau".

Ok, ça va, mon gros, je me consolerai avec les délires du précédent volume... Tu ne perds rien pour attendre.



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