Lundi 12 octobre 2009
- Publié dans : Musique pas classique
Par magicalme
Concert "exceptionnel" à en croire diverses revues, nous avions pour notre part pris les places pour le concert de Lou Reed et Laurie Anderson totalement au hasard, pour la seule présence de cette dernière. La salle Pleyel était donc complètement remplie ce vendredi 4 septembre, d'un public qui avait délaissé les manteaux de vison pour les jeans slim et les coiffures déstructurées (©Lhoréal), venu assister à The Yellow Pony and other songs and stories.

Nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre pour cette union sur scène (la première!) des deux époux, accompagnés par Sarth Calhoun aux claviers et ordinateurs. Nous avons donc pu découvrir les univers des deux artistes, qui ont toujours évolué indépendamment l'un de l'autre.


Une petite improvisation entamait la soirée: une nappe de guitares de Lou Reed et des notes de violons de Laurie Anderson faisaient habilement monter l'attention du public, et la tension dans la salle. Les deux artistes ont ensuite alterné des extraits de leur répertoire: des chansons pour Lou Reed; des chansons et des textes déclamés sur fond d'improvisation pour Laurie Anderson. Et le moins que l'ont puisse dire, c'est que la confrontation ne les mettait pas sur un pied d'égalité...

Difficile de rester insensible aux textes déclamés de Laurie Anderson: le ton si unique et si prenant de sa voix, et ses récits tantôt poétiques, tantôt humoristiques, mais toujours saisissants de poésie et de profondeur nous happaient dès la première seconde. Ce fut vraiment la découverte d'une nouvelle facette de son univers artistique, assez éloigné de ce qu'elle a publié principalement en disque. La question qui reste en suspend est tout de même celle de savoir pourquoi une telle artiste n'est pas plus connue en France....


La deuxième partie du concert, les chansons de Lou reed, était, en comparaison, beaucoup plus décevante. Nous ne connaissions pas du tout son répertoire, et le moins que l'on puisse dire c'est que l'intéressé ne l'a pas défendu avec ardeur. Voix tremblotante, conviction proche du zéro (ou comment réhabiliter le sprechstimme en musique rock), peut être fatigue physique (il lui fallait un technicien pour lui donner les guitares posées un mètre à côté!). Sans connaître le personnage, difficile de dire si c'était exceptionnel, ou si Lou Reed est toujours comme ça sur scène. En tout cas, il ne nous a pas laissé ce soir-là une forte impression. Ses morceaux n'étaient pourtant pas dénués d'intérêt, et étaient par moments l'occasion de réels moments de beauté (notamment le magnifique I'll be your mirror).

L'apparition fortuite de John Zorn sur une chanson et un rappel était un plus non négligeable, même si pas indispensable, dans ce concert en demi-teinte qui nous a donné très envie de retrouver Laurie Anderson en mars prochain à la Cité de la musique (ainsi que sur disque, pour Homeland, à paraitre incessamment)!

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Mardi 15 septembre 2009
- Publié dans : Musique classique
Par magicalme


Le Roi Roger, Opera Bastille 30/06/09
Kazushi Ono
Krzysztof Warlikowski (mise en scène)
Le Roi Roger II: Scott Hendricks
Roxana: Olga Pasichnyk
Edrisi: Stefan Margita
Le Berger: Eric Cutler
L’Archevêque: Wojtek Smilek
Une Abbesse: Jadwiga Rappé

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris


Une entrée au répertoire méritée! Comment croire que ce que d'aucuns considèrent comme le chef-d'œuvre de Szymanowski ait attendu 90 ans avant de prendre place sur les planches de l'Opéra de Paris?

C'était enfin chose faite, au mois de juin dernier, sous la houlette de Kazushi Ono, avec Krzysztof Warlikowski à la mise en scène. Mais une œuvre aussi particulière que Le Roi Roger ne pouvait sans doute avoir lieu que dans des circonstances pas moins spéciales! De ce point de vue là, le spectacle était réussi... puisque copieusement hué pendant les premières représentations (poussant le metteur en scène à ne plus venir saluer par la suite).

Il faut dire que le terrain n'était pas propice à la facilité: l'œuvre elle-même, fruit des considérations mystico-théologiques de son auteur, n'est pas un sommet d'intensité dramatique, privilégiant les tirades contemplatives (les avis divergent sur ce point!) aux péripéties classiques. On assiste donc plus ou moins à la perturbation d'un royaume oriental, par un jeune berger venu apporter le culte de Dionysos, entrainant dans son sillage la Reine, et le Roi, indécis quand à son attitude face à ce nouveau culte.
Du point de vue musical, l'avant-garde est moins accusée, mais néanmoins présente: Szymanowski accompagne son texte d'une musique foisonnante, cherchant par là à sous-tendre l'univers byzantin qu'il décrit. Çà et là subsistent des découpages "classiques", notamment avec l'air de Roxane (acte 2), mais l'œuvre est globalement conçue en trois actes ininterrompus.

L'orchestre s'est plutôt bien tiré de la tâche pas forcément aisée dans cette musique, de donner à entendre la richesse et la complexité de cette musique. Les chanteurs ont eux aussi plutôt bien défendu leur rôle, particulièrement pour ce qui est de la Roxane d'Olga Pasichnyk. Scott Hendricks, présent pour un seul soir, s'est montré à la hauteur de son rôle, dans les limites, malheureusement, que lui imposait la mise en scène. Les chœurs de l'Opera ont, par contre, vraisemblablement rencontré quelques difficultés et se sont trouvés aléatoirement perdus dans la scène d'ouverture, sans doute confrontés à la difficulté de la langue exigeante qu'est le Polonais.

"Rhabille-toi chéri, tu vas prendre froid"

Le spectacle pêchait bien plus (euphémisons, euphémisons...), malheureusement, par sa mise en scène. Krzysztof Warlikowski a suivi ses principes de mise en scène, et situé l'action à une époque relativement moderne (années 70, probablement). Du coup, le livret qui appelait une scénographie imposante (un palais antique, l'aura imposante d'un roi) tombe à plat: tous les effets ou presque sont minimisés, de l'entrée sensément majestueuse du Roi (ici, il s'habille, c'est tout...) à la beauté renversante du berger (là, un hippie à la perruque moche). Le propos n'est certes pas foncièrement inintéressant (transposition de la royauté à un univers de "stars", d'où des histoires de drogue, de vieillesse...) mais loin d'être adapté au matériau de base: la luxuriance de la musique est presque anachronique face à cette mise en scène: un comble!
Et malgré quelques images fortes (ce corps de femme suspendu, comme en apesanteur, dans une mer de fumée), c'est une esthétique de la laideur qui domine, le paroxysme étant atteint lorsque le berger, durant une hallucination droguée de Roger, arrive sur scène avec des enfants portant une tête de Mickey, et commence une chorégraphie digne du club med. On a donc la désagréable impression d'assister à "Roger et les G.O.", ce que vient conforter la présence dans le final d'un soleil en néons...

Krzysztof Warlikowski a délibérément choisi de ne pas servir l'œuvre, et c'est bien dommage: les quelques bonnes idées sont masquées par une absence générale d'inventivité (malgré des décors plutôt réussis, bien que totalement déplacés) qui n'aide pas à faire passer une œuvre difficile d'accès et déroutante. C'est à désespérer d'avoir un jour une "vraie" production de cet opéra. Devrons-nous attendre plusieurs dizaines d'années...?

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Mardi 15 septembre 2009
- Publié dans : Musique classique
Par SuperGarfield
Avant de commencer la nouvelle année, achevons la précédente.

George Bizet : Carmen

Carmen, Anna Caterina Antonacci
Don José, Andrew Richards
Micaëla, Anne-Catherine Gillet
Escamillo, Nicolas Cavallier
Le Dancaïre, Françis Dudziak
Le Remendado, Vincent Ordonneau
Zuniga, Matthew Brook
Moralès, Riccardo Novaro
Frasquita, Virginie Pochon
Mercédès, Annie Gill / Louise Innes
Lillas Pastia, Simon Davies
Un guide, Lawrence Wallington

Orchestre Révolutionnaire et Romantique et Monteverdi Choir, direction John Eliot Gardiner
Paris, Opéra-Comique, 25 juin 2009

L'événement de ce mois de juin 2009, c'était la venue d'Anna Caterina Antonacci à Paris pour une Carmen très attendue, entourée des non moins attendus musiciens de l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique dirigés par John Eliot Gardiner. L'attente était rendue plus longue encore par le fait qu'on nous promettait une Carmen "authentique", sur le lieu de sa création en 1875, en version originale avec dialogues parlés, et accompagnés par des instruments d'époque sous la houlette d'un chef sensé connaître son affaire.

Pour nous, rien de tout cela : nous ne connaissions de Carmen que les sempiternels extraits, objectivement d'un très haut niveau, et représentant tout de même au moins un quart de l'oeuvre. C'était donc quasiment une découverte que nous faisions ce soir-là. Sur l'oeuvre, rien à redire : le livret d'Halévy est très fort, très bien construit, et la musique l'embellit d'un bout à l'autre, sans aucun point faible. Le niveau d'inspiration est proprement hallucinant !

Question chanteurs, nous étions plutôt gâtés. Outre de très bons seconds rôles, nous avions affaire à une distribution de haut niveau : si l'on excepte l'Escamillo un peu uniforme et débraillé de Nicolas Cavallier (au français peu compréhensible, d'après Magicalme qui n'avait pas les surtitrages), le trio de tête était excellent.
Andrew Richards, malgré un français un peu laborieux, ou du moins peu idiomatique, nous présenta un José touchant, pas seulement brute épaisse, pas seulement rouleur de mécanique, plutôt un simple homme qui se fait prendre dans les filets de la bohémienne. Question chant, c'était très honnête, même si l'on sentait qu'il fatigait à partir du troisième acte.

Anne-Catherine Gillet fut à mes yeux la reine de la soirée. Je n'avais entendue quen termes élogieux, et ce fut un plaisir, et même un grand choc de l'entendre enfin... Quelle voix ! Quel sens du phrasé ! Quelle finesse ! Et son incarnation subtile et atendrissante de Micaëla acheva de nous conquérir, si besoin était encore. Sa longue prière au troisième acte était un moment d'anthologie, ainsi que son duo avec José.

L'autre Anne-Catherine de la soirée, italienne celle-ci, était sans doute la plus attendue, y compris par moi. Je me souvenais de son Era la notte, où, malgré le fait que je ne m'y connaissais à l'époque pas du tout en la matière, j'avais était impressionné par son aisance vocale et scénique. J'avoue ma légère déception à la vue et à l'audition de sa Carmen. Bien sûr, le chant est suprêmement maîtrisé, les couleurs immenses, le volume et le format vocaux impressionnants, le français quasiment irréprochable, pourtant, je ne pouvais m'empêcher de souhaiter une Carmen plus variée. Ce que j'ai vu ce soir-là, mais aussi entendu, c'est une Carmen belle, fière, mais pas cruelle comme je me l'imaginais. Oui, j'aurais préféré que le beau chant soit un peu sacrifié au profit d'une Carmen un peu plus "salope", plus cruelle, plus manipulatrice. Avec Anna-Caterina Antonacci, nous étions face à une séductrice qui contrôle peu, qui agit comme s'il elle n'avait pas d'autre choix, comme si tout cela se faisait malgré elle. C'est évidemment une vision tout à fait recevable, mais j'aime plus l'image de femme vraiment forte et qui fait ce qu'elle veut lorsqu'elle le désire.

Mais il est un autre personnage qui, peut-être, a balayé tous les individus ce soir-là : le choeur. Le Monteverdi Choir, réputé comme un des meilleurs du monde, n'a pas volé sa renommée : prononciation impeccable que certains choeurs français sont incapables d'obtenir, homogénéité irréprochable, énergie dévastatrice et jeu d'acteurs sans faille ! Un choc réel d'entendre un ensemble à un tel niveau.

D'ailleurs, le troisième choc venait de la fosse : là aussi, entendre un orchestre jouer à un tel niveau dans une fosse d'opéra, c'est un plaisir intense. D'autant que les instruments d'époque sont réputés pour être plus délicats et moins maîtrisés que les instruments modernes ; eh bien là, pas une trace de cette difficulté ! Un son plein, riche, homogène, servant à merveille l'orchestration recherchée de Bizet, la verdeur des instruments appuyant la dynamique naturelle de l'oeuvre. Tous les solistes brillent, et l'ensemble est éblouissant. La direction de Gardiner est exemplaire, précie et souple.

La mise en scène fut en réalité le point faible de la soirée, car trop ordinaire. Les décors sont magnifiques, mais il y a beaucoup de temps où il ne se passe pas grand chose de décisif. Alors, on observe, bercés par des images agréables mais nullement fortes. A ce titre, le dernier acte est complètement raté : ce que propose le livret, ce que suggère la musique, Adrian Noble l'a réduit à une fin banale, où l'on n'a nullement l'impression d'assister à une tragédie. Où est la foule promise ? Où est la cruauté de José ? Où est le tour de force des deux plans scéniques, avec arènes derrière et meurtre devant ? Bref, c'est dommage, car cela a fini par faire un peu retomber le soufflé...

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Vendredi 31 juillet 2009
- Publié dans : Théâtre
Par magicalme
Cette journée à Avignon, partagée entre le Off et le In, commençait par un spectacle, du off donc, adapté de la pièce de Maurice Mæterlinck, L'oiseau bleu, par la compagnie du Théâtre du Kronope. Cette adaptation mettait en scène deux comédiennes, ainsi qu'un musicien sur scène, utilisant à la fois des instruments réels et des sons pré-enregistrés. L'histoire de cette pièce, sans doute la plus connue de Mæterlinck (si tant est qu'il soit aujourd'hui connu pour autre chose que ses mivrets d'opéra pour Debussy et Dukas), est celle d'un jeune homme parti à la recherche de l'oiseau bleu, sensé apporter la connaissance universelle à celui qui le capturera. Sur son chemin, il rencontre une vieille femme âgée de quatre-vingt dix neuf ans, une sorte de fée qui l'accompagne dans sa quête. Quiconque lui déclarera quelle est belle mourra. Pourtant, au fur et à mesure de leur progression, à travers des paysages différents, le jeune homme se rend compte que ce qu'il trouve dépasse largement la simple connaissance, et il apprend à voir ce qui s'offre vraiment à ses yeux. La pièce devient alors tour à tour une réflexion sur le bonheur, l'amour, la mort, ou la naissance, entre autres, jusqu'au dénouement final.



 L'approche de la metteuse en scène et interprète, Joëlle Richetta, basée sur un travail du masque et des costumes, très fouillés, met en lumière à la fois les moments très enfantins de la pièce, mais aussi la réflexion profonde que celle-ci développe. S'enchainent ainsi des moments d'une rare poésie: un tube de tulle éclairé dans lequel avancent les deux personnages suggère ainsi la brume du « pays des souvenirs » où le jeune garçon retrouve les morts, les fantômes de ceux qu'il a connus; une sphère lumineuse et blanchâtre, qui représente le monde des gens à naître, et la lumière qu'ils apporteront sur le monde par leur savoir...

Cela ne serait pourtant rien sans l'énergie des interprètes, Joëlle Richetta, en tête, qui sert magnifiquement son rôle de fée et vieille femme, ainsi que les autres personnages qu'elle figure par le biais de masques ou de costumes différents. Le ton est tantôt grave, tantôt emporté par un élan de poésie, avec une variété de registres toujours à propos. Elsa Stirnemann-Coqueran, dans le rôle du jeune homme, fait montre d'un jeu un peu moins nuancé et subtil, mais cela a sans doute trait au rôle, beaucoup moins varié. Quant à Giulio Berutto, il contribue fortement avec ses musiques « de scène » à la réussite de l'ensemble, et n'est jamais par-dessus le jeu des acteurs, soulignant simplement au contraire le fil narratif par ses ambiances sonores. Une très bonne surprise donc que ce spectacle. 



Le deuxième gros rendez-vous de la journée, après un spectacle de Baratha Natyam plutôt reposant et réussi, était, dans le in cette fois, la mise en scène par le cinéaste Christophe Honoré de la pièce de Victor Hugo, Angelo, Tyran de Padoue. Pièce peu fréquente dans les programmations, à l'intrigue rocambolesque comme seuls savent les faire en principe les auteurs de livrets d'opéra, Angelo... met en scène le Tyran précité, qui exerce sa domination sur les femmes: la sienne, Catarina, qu'il n'aime pas et tient cloîtrée depuis leur mariage, et sa maîtresse , une actrice nommée La Tisbe, qui déclenche chez lui une jalousie maladive, alors que celle-ci ne l'aime pas, étant éperdue d'un autre (Rudolfo) qu'elle fait passer pour son frère, et qui, lui, est amoureux de Catarina qu'il n'a pas vue depuis sept années. (ouf!) Un amant éconduit de sa femme, Homodei, lui tend un piège, déclenchant la jalousie vengeresse du mari, et La Tisbe se retrouve tiraillée entre le désir de nuire à la femme et l'envie de protéger celui qu'elle aime, même si elle n'est pas aimée en retour. S'ensuivent des rebondissement tous plus inénarrables les uns que les autres: faux poison, meurtre du conspirateur etc.



  Ce qui surprend, ou ne surprend pas à dire vrai, d'emblée, dans la mise en scène, c'est sans doute le ton très « Avignon in »: le premier acte se déroule ainsi durant une fête mondaine, musique pop-rock à fond, costumes haute couture (de Yhoji Yamamoto) déstructurés... En fin de compte, cela correspondait bien à l'idée que je me faisais du « in »: quelque chose de volontairement revu au goût du jour, parfois un peu « posé », se voulant « tendance » …  Ce n'était pas une mauvaise chose, dans le fond, pour ce qui est d'Angelo, et cela n'a pas nuit à la pièce, étant même de bon aloi, puisque fonctionnant au fond relativement bien. La frayeur initiale que j'ai ressentie venait bien plutôt des acteurs: la voix de la pourtant remarquable Clotilde Hesme (La Tisbe) n'a sûrement pas dépassé le troisième rang pendant les dix premières minutes de la pièce, ni celle de Marcial di Bonzo Fo (Angelo). Mais, passés ces quelques moments, grâce aussi sans doute à l'agitation propre à l'intrigue, les choses se sont déliées, et définitivement améliorées pour la suite du spectacle.

 Il n'y avait alors plus qu'à se laisser porter: la mise en scène, sans être foncièrement très fouillée, était tout à fait efficace; le décor, un échafaudage qui permettait de laisser coulisser au sol deux plateaux représentant un salon et une chambre, visibles même repoussées sur le côté, n'y était pas pour rien. Dommage que le travail, relativement basique, sur les lumières, n'ai pas été à la hauteur (à part sans doute pour la fin, plongée dans une lumière rouge oppressante, mais pas très originale non plus), sans pour autant desservir la mise en scène. Quelques éléments restaient obscurs: la présence constante de plusieurs hommes de main sur le décors, dans l'obscurité, qui permettait de se rincer l'œil quand deux d'entre eux, bien bâtis, se caressaient l'un l'autre en slip, mais laissait plus perplexe lorsque le premier de ces deux, affublé d'une tête de cheval, se faisait épiler les jambes par le deuxième! Même si cela ne desservait pas non plus la mise en scène, apportant de surcroît une touche d'humour, déjà propre au drame romantique tel que théorisé par Hugo, et donc stylistiquement plutôt correcte.



Christophe Honoré n'a finalement pas résisté à l'attrait du cinéma, déjà très présent au long de la pièce à travers un micro servant aux apartés des personnages, en inventant un épilogue filmé, situé qui plus est à Denfert-Rochereau à Paris. Trouvaille pas forcément nécessaire, mais pas non plus sans intérêt, puisqu'elle n'en montre finalement pas beaucoup: un simple chassé croisé amoureux (ou qui ne l'est plus vraiment, on ne peut trancher) entre les deux personnages filmés, sur fond de musique rock, là encore, qui clôt la pièce de manière très poétique.

 Les acteurs principaux (j'ai oublié de citer Emmanuelle Devos dans le rôle de Catarina) portaient la pièce, mais cela pêchait un peu plus du côté des seconds rôles: la Dafné d'Anaïs Demoustier était bien trop mièvre et simplette, même si le rôle y est pour une part. L' Homodei de Julien Honoré était quant à lui un peu trop systématique dans le flegme, enlevant de là une partie de l'épaisseur psychologique du personnage.  Pour autant, ne crachons pas dans la soupe: cela reste un spectacle de très haut niveau, et une vraie bonne surprise quant au talent de metteur en scène de Christophe Honoré. Les spectateurs ne s'y sont pas trompé, puisqu'une seule huée, rapidement étouffée s'est faite entendre au milieux des ovations.

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Dimanche 19 juillet 2009
- Publié dans : Musique classique
Par SuperGarfield
Orchestre philarmonique Tchèque - Eliahu Inbal, direction
Jeudi 28 avril 2009, Rudolfinum de Prague
Antonin Dvorak : 5e Symphonie
Dmitri Chostakovitch : 5e Symphonie



Cataclysme sublime


Voilà un concert qui commence à dater, mais qui mérite bien un compte-rendu spécial ! A la faveur de notre voyage à Prague fin avril, nous avons profité des concerts offerts là-bas, qui plus est à un prix très bas comparé à ceux pratiqués en France. En plus d'Eugène Onéguine (voir article précédent), nous avions réservé pour un concert de la prestigieuse Philarmonie Tchèque, dans la salle non moins prestigieuse du Rudolfinum. C'est un lieu superbe, richement décoré, et surtout, à l'acoustique extraordinaire. Tout s'entendait à merveille, pas un instrument au dessous d'un autre, pas une miette de musique de perdue. Si l'on ajoute que la taille relativement réduite de la salle évite d'être placé très loin de l'orchestre (nous étions au fond, et la visibilité ainsi que le son étaient excellents), les conditions étaient déjà particulièrement bonnes pour apprécier ce concert à sa juste valeur.



Ce soir-là, c'étaient deux Cinquièmes symphonies qui étaient à l'honneur, sans ouverture ni concerto. Celle de Dvorak, que je ne connaissais pas (et pour cause, qui connaît en France les six voire sept premières symphonies de Dvorak ?), s'est avérée plutôt belle, mais curieusement, m'a paru plus difficile d'accès que les superbes huitième et neuvième. En effet, la durée est largement supérieure, l'écriture semble plus complexe, ou du moins plus mouvante tonalement parlant, et la durée des mouvements ôte cette impression de concision que peuvent offrir les deux dernières symphonies du Tchèque.

Ce sentiment est, cela étant, probablement biaisé par le fait que la lecture qu'en ont donnée Eliahu Inbal et l'orchestre tchèque apparaissait assez brouillonne, peu concentrée, sans grande vision d'ensemble. Outre plusieurs soucis d'ordre technique (justesse, mise en place, sonorité), la musique donnait l'impression d'être parsemée de longs tunnels, où le flux musical n'était pas vraiment évident, naturel. C'est dommage, car je suis certain que cette symphonie méconnue possède bien des trésors que cette soirée nous a masqués.

Changement total avec la Cinquième Symphonie de Chostakovitch. De cette oeuvre très connue et particulièrement accessible, on pouvait craindre un affadissement du propos, car cette musique si belle se laisse facilement bercer par elle-même, laissant de côté tout l'aspect protestataire que contiennent ces pages souvent bien irolniques (le Scherzo, le Finale). Point de déconvenue avec Inbal. En effet, le chef affirma dès l'extraordinaire premier mouvement ce qu'était cette musique : un cataclysme. Cette montée inexorable vers une marche volontiers caricaturale puis cette tempête de violence, scandée fortissimo par l'orchestre, fut exécutée avec la plus grande intensité. Inbal se jetait à corps perdu dans cette musique apocalyptique, dès les premiers rythmes pointés énoncés aux cordes.
Le scherzo, que l'on aurait pu espérer plus vif, fit toutefois mouche : le tempo relativement lent n'empesa point l'ensemble, et lui conféra au contraire une grossiereté supplémentaire probablement voulu par le compositeur, tant ce mouvement s'affiche ouvertement comme une moquerie grinçante du pouvoir stalinien.
Vint alors le sublime Largo, deuxième sommet de cette symphonie. Si on a pu alors noter quelques scories dans les cordes, quelques entrées légèrement imprécises, un ou deux décalages, cela n'était rien à côté de l'immense arche que le chef et les musiciens ont construite. Dès l'introduction confiée aux cordes, l'on devinait la volonté d'Eliahu Inbal de faire de ce magnifique entrelacs de voix non pas une page apaisante et lyrique, mais au contraire l'écho d'une douleur enfouie profondément. Le tempo plutôt vif pour un Largo, les cordes acérées, les aigus tirés : tout concourait à tendre la musique, à faire ressortir la violence qu'elle contenait. Le point culminant du mouvement, avec ses coups secs de xylophone, consituait l'aboutissement de cette vision torturée, déchirante, où la tension ateint son point maximal, avant de se finir dans un calme et un apaisement relatifs, où poignait encore la douleur.
Le final, enfin, fut éblouissant de force, de grandeur, mais pour autant, pas exempt de ce second degré dont l'absence peut faire basculer facilement ce mouvement dans une fresque épique loin de la volonté du compositeur. Le blogueur David LeMarrec parlait à juste titre d'un final en carton-pâte, et ce fut effectivement l'impression que laissa au final l'orchestre. Tout était trop grossier, trop outré, trop buyant ou trop peu sonore pour être complètement sérieux. Le tripe forte que le chef tira de l'orchestre fut réellement impressionnant, voire exténuant, après une telle débauche de 45 minutes, mais traduit à merveille tout ce que cette musique avait de volontairement caricatural.

Un mot sur la prestation de l'orchestre durant cette deuxième partie. Si on pouvait regretter un léger manque d'unité des cordes, et un son un peu acide par moments, l'engagement des musiciens était tel qu'on ne leur tenait guère rigueur de ces petits défauts. La symphonie de Chostakovitch permit en outre aux somptueux vents de déployer leur talent et leur sonorité très typée, loin de la rondeur des orchestres Français.

Une soirée inoubliable, tout simplement.

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