Commençons donc par les vieilleries, avec des comptes-rendus rapides et sans doute un peu bâclés, mais enfin, tant de choses à rattraper !
Février 2009 :
Lady Sarashina, de Peter Oëtvös à l'Opéra Comique :
Oeuvre magnifique qui me redonne de l'espoir vis-à-vis de la musique contemporaine. Le livret est magnifique, passionnant, l'oeuvre excellement agencée, concise (1h15 environ), ne dédaignant pas l'expression lyrique, ni les effets modernes : une grande réussite, portée par un excellent orchestre (Lyon) et trois très bons chanteurs. A guetter sur les scènes, mais l'oeuvre a toutes les chances d'entrer au répertoire.
Hydrogen Jukebox, de Philip Glass au TAP de Poitiers :
Première française d'un opéra qui n'est qu'une succession de chansons mises en musiques pour trois bois, percussions et des synthétiseurs qui datent beaucoup l'oeuvre. La musique est sans grand intérêt, resucée de chez resucée, hormis quelques moments planants ou hypnotisants comme Glass savait encore un peu en faire (mais cela n'engage que moi, Magicalme a aimé !). L'interprétation d'Ars nova est remarquable. Reste le livret d'Allen Ginsberg, complètement halluciné, d'une très grande force malgré un discours souvent obscur, et la mise en scène de Joël Jouanneau, intelligente, efficace, créant un lien dans cet ensemble hétéroclite. Dommage qu'il n'y ait eu aucun surtitrage !
Mars 2009 :
Albert Herring, de Benjamin Britten, à l'Opéra Comique :
Probablement le meilleur spectacle de la saison à mes yeux. Oeuvre excellente, livret très drôle, chanteurs excellents, avec mention spéciale à Allan Clayton en Albert et Felicity Palmer en Mrs Pike. Orchestre de l'opéra de Rouen soigneusement dirigé par Laurence Equilbey et mise en scène de Richard Brunel décapante, avec mille idées à la seconde, pas de temps mort, une utilisation de l'espace scénique formidable, avec notamment un plateau tournant du meilleur effet, dévoilant sournoisement ce qu'il se passe derrière les facades. Le passage de l'épicerie est anthologique, avec utilisation des micros et des téléphones portables pour mieux inscrire l'oeuvre dans notre époque pas si différente de celle des années 60. Une réussite totale !
Dans la colonie Pénitentiaire, de Philip Glass, au Théâtre de Nîmes :
Deux jours après Albert Herring, nous retrouvions Richard Brunel pour une mise en scène très efficace, bien qu'un peu longue à se mettre en route. Une petite discussion avec lui en sortant du théâtre nous a appris que l'utilisation du plateau tournant était juste une coïncidence (rapport à la mes de Britten), et que le sens était tout à fait différent ce soir-là, ledit plateau tournant illustrant l'emballement de la machine de torture imaginée par le général psychopathe(excellent Stephen Owen) tout fier de décrire au visiteur (correct Stefano Ferrarri) sa "belle" invention.
La nouvelle de Kafka est excellente, et le livret adapte intelligemment le texte. La musique de Glass est un peu meilleure que celle d'Hydrogen Jukebox, mais cela reste assez banal et on fatigue d'entendre ce recyclage : encore une oeuvre où il ne s'est pas foulé !
Le quintette à cordes de l'Opéra de Lyon joue cette musique sans grande conviction, ce que l'on peu, en un sens, comprendre.
Ensemble Orchestral de Paris dans Mendelssohn, Weber, Finzi, Schumann ; Théâtre des Champs-Elysées
Concert assez moyen, avec toujours les mêmes défauts de l'orchestre : musicalité limitée, attitude fonctionnariale, ensemble peu homogène,... malgré tous les efforts de l'énergique Joana Carneiro, jeune chef vivante et et au potentiel certain. L'Ouverture du Songe d'une nuit d'été est correcte mais assez plate, la création de Graciane Finzi, La tombée du jour, aux textures intrigantes mais un peu uniformes est desservie par un Laurent Naouri chantant dans ses baskets ; le Concerto pour basson de Weber est joué énergiquement par Fanny Maselli, même si on n'évite pas quelques pains, ni une trop grande propension aux oeillades (ce Concerto jovial le permet, mais pas si souvent) ; enfin la 2e Symphonie de Schumann souffre de la comparaison avec le Chamber orchestra of Europe, et la bonne volonté de la chef ne suffit pas : l'orchestre ne suit pas, le niveau technique est limite, et le sublime Adagio est totalement raté.
Avril 2009 :
Riders to the Sea, de Ralph Vaughan Williams, à l'Athénée Louis Jouvet :
Superbe ouvrage, très court (une heure, guère plus), intimiste, triste, au livret touchant de simplicité et de désarroi. Textures orchestrales superbes, desservies par un orchestre du Théâtre de Reims (dirigé par Jean-Luc Tingaud) imprécis, aux sonorités assez laides, surtout chez les cordes.La mise en scène est bonne, sans plus. Les chanteurs et le choeur sont tout à fait satisfaisants, et le cycle de mélodies qui ouvre le spectacle est du même niveau musical.
Orchestre de la BBC, dans Britten, Strauss, Dvorak ; Théâtre des Champs Elysées
Les magnifiques Quatre interludes marins de Britten sont joués avec virtuosité et fougue par l'orchestre sous la houlette d'un Jiri Belohlavek décidément souvent très inspiré. Les Quatre Derniers Lieders de Strauss sont chantés par Karita Mattila avec beaucoup de prestance, même si un vibrato trop prononcé et un peu serré affecte l'ensemble. Triomphe auprès un public conquis d'avance. L'occasion également de m'apercevoir que cette musique est aussi belle que chiante !
L'orchestre finit par une Symphonie du Nouveau Monde très moyenne, pleine d'imprécisions, sans beaucoup de souffle lyrique, entichées de sonorités pas toujours très flatteuses. Dommage.
Eugène Onéguine, de Tchaïkovski à l'opéra national de Prague
Jolie découverte pour ma part de cet opéra captivant à plus d'un titre, dans une mise en scène signée Andreï Serban, assez banale malgré quelques réussites visuelles (tapis de fleurs, scène de la lettre,...). L'orchestre de l'opéra de Prague, dirigé par John Fiore avec énergie, n'est pas une grosse machine infaillible, mais il y a de la poésie malgré une certaine atonie ponctuelle.
Roman Janal est un Onéguine bien chantant, Vladimir Prolat s'époumone en Lenski, Hannah Esther Minutillo est correcte en Olga, Dana Buresova émouvante en Tatiana.
Et la salle est magnifique !
Le Roi Malgré lui, d'Emmanuel Chabrier, à l'Opéra Comique :
L'oeuvre est passionnante, d'une finesse exquise, mais le troisième acte est long, assez ennuyeux, sans grands moments. La mise en scène de Laurent Pelly commence à merveille, avec une intéressante mise en abyme, les chanteurs simulant une répétition, puis on se lasse de voir ces trois personnages muets, sortes de répétiteurs, constamment sur le plateau, envahissant l'espace et atirant le regard avec des gags visuels un peu lourds à la longue. C'est plein d'idées, mais pas toujours très bien mené, même s'il faut reconnaître le talent de Pelly, qui n'a guère d'équivalent dans le monde de la mise en scène.
Jean-Sébastien Bou est un Roi bien chantant, mais au timbre un peu faible par moments. Franck Leguérinel est excellent en Duc lâche et faible : jeu d'acteur, projection vocale, diction, tout est impeccable. Magali Léger compense par son timbre, ses vocalises et son physique une émission un peu... légère et une articulation loin d'être limpide, tandis que Sophie Marin-Degor fait sensation en vamp tyrannique, malgré une diction là encore qui gagnerait à être améliorée.
William Lacey dirige avec entrain un Orchestre de Paris d'un sérieux qui laisse pantois dans une telle oeuvre.
Mai 2009 :
Ensemble Orchestral de Paris dans Villa-Lobos, Gorecki et Haydn ; Théâtre des Champs-Elysées.
Dirigé par Paul Watkins, l'orchestre commence avec Trois Pièces dans le style ancien d'Henryk Gorecki sans grand relief (il faut dire que l'oeuvre n'est pas tout à fait passionnante) qui passent bien vite. Le chef dirige ensuite du violoncelle la Bachianas Brasileiras n°1 de Villa-Lobos, très dansante et vive, malgré les douloureux unissons des deux premiers instrumentistes (dont Watkins, au son se démarquant trop de l'ensemble), puis la n°5 avec une Sandrine Piau radieuse comme à son habitude, incitant à l'indulgence face aux quelques décalages ou imprécisions qui parsement l'interprétation.
S'ensuit une Symphonie n°104 de Haydn bien plus vivante et engagée que ce que nous pouvions attendre, avec de bons solistes et une énergie constante. En revanche, les trompettes sont toujours aussi moyennes, et je ne me fais toujours pas au hautbois de Daniel Arrignon...
Février 2009 :
Lady Sarashina, de Peter Oëtvös à l'Opéra Comique :
Oeuvre magnifique qui me redonne de l'espoir vis-à-vis de la musique contemporaine. Le livret est magnifique, passionnant, l'oeuvre excellement agencée, concise (1h15 environ), ne dédaignant pas l'expression lyrique, ni les effets modernes : une grande réussite, portée par un excellent orchestre (Lyon) et trois très bons chanteurs. A guetter sur les scènes, mais l'oeuvre a toutes les chances d'entrer au répertoire.
Hydrogen Jukebox, de Philip Glass au TAP de Poitiers :
Première française d'un opéra qui n'est qu'une succession de chansons mises en musiques pour trois bois, percussions et des synthétiseurs qui datent beaucoup l'oeuvre. La musique est sans grand intérêt, resucée de chez resucée, hormis quelques moments planants ou hypnotisants comme Glass savait encore un peu en faire (mais cela n'engage que moi, Magicalme a aimé !). L'interprétation d'Ars nova est remarquable. Reste le livret d'Allen Ginsberg, complètement halluciné, d'une très grande force malgré un discours souvent obscur, et la mise en scène de Joël Jouanneau, intelligente, efficace, créant un lien dans cet ensemble hétéroclite. Dommage qu'il n'y ait eu aucun surtitrage !
Mars 2009 :
Albert Herring, de Benjamin Britten, à l'Opéra Comique :
Probablement le meilleur spectacle de la saison à mes yeux. Oeuvre excellente, livret très drôle, chanteurs excellents, avec mention spéciale à Allan Clayton en Albert et Felicity Palmer en Mrs Pike. Orchestre de l'opéra de Rouen soigneusement dirigé par Laurence Equilbey et mise en scène de Richard Brunel décapante, avec mille idées à la seconde, pas de temps mort, une utilisation de l'espace scénique formidable, avec notamment un plateau tournant du meilleur effet, dévoilant sournoisement ce qu'il se passe derrière les facades. Le passage de l'épicerie est anthologique, avec utilisation des micros et des téléphones portables pour mieux inscrire l'oeuvre dans notre époque pas si différente de celle des années 60. Une réussite totale !
Dans la colonie Pénitentiaire, de Philip Glass, au Théâtre de Nîmes :
Deux jours après Albert Herring, nous retrouvions Richard Brunel pour une mise en scène très efficace, bien qu'un peu longue à se mettre en route. Une petite discussion avec lui en sortant du théâtre nous a appris que l'utilisation du plateau tournant était juste une coïncidence (rapport à la mes de Britten), et que le sens était tout à fait différent ce soir-là, ledit plateau tournant illustrant l'emballement de la machine de torture imaginée par le général psychopathe(excellent Stephen Owen) tout fier de décrire au visiteur (correct Stefano Ferrarri) sa "belle" invention.
La nouvelle de Kafka est excellente, et le livret adapte intelligemment le texte. La musique de Glass est un peu meilleure que celle d'Hydrogen Jukebox, mais cela reste assez banal et on fatigue d'entendre ce recyclage : encore une oeuvre où il ne s'est pas foulé !
Le quintette à cordes de l'Opéra de Lyon joue cette musique sans grande conviction, ce que l'on peu, en un sens, comprendre.
Ensemble Orchestral de Paris dans Mendelssohn, Weber, Finzi, Schumann ; Théâtre des Champs-Elysées
Concert assez moyen, avec toujours les mêmes défauts de l'orchestre : musicalité limitée, attitude fonctionnariale, ensemble peu homogène,... malgré tous les efforts de l'énergique Joana Carneiro, jeune chef vivante et et au potentiel certain. L'Ouverture du Songe d'une nuit d'été est correcte mais assez plate, la création de Graciane Finzi, La tombée du jour, aux textures intrigantes mais un peu uniformes est desservie par un Laurent Naouri chantant dans ses baskets ; le Concerto pour basson de Weber est joué énergiquement par Fanny Maselli, même si on n'évite pas quelques pains, ni une trop grande propension aux oeillades (ce Concerto jovial le permet, mais pas si souvent) ; enfin la 2e Symphonie de Schumann souffre de la comparaison avec le Chamber orchestra of Europe, et la bonne volonté de la chef ne suffit pas : l'orchestre ne suit pas, le niveau technique est limite, et le sublime Adagio est totalement raté.
Avril 2009 :
Riders to the Sea, de Ralph Vaughan Williams, à l'Athénée Louis Jouvet :
Superbe ouvrage, très court (une heure, guère plus), intimiste, triste, au livret touchant de simplicité et de désarroi. Textures orchestrales superbes, desservies par un orchestre du Théâtre de Reims (dirigé par Jean-Luc Tingaud) imprécis, aux sonorités assez laides, surtout chez les cordes.La mise en scène est bonne, sans plus. Les chanteurs et le choeur sont tout à fait satisfaisants, et le cycle de mélodies qui ouvre le spectacle est du même niveau musical.
Orchestre de la BBC, dans Britten, Strauss, Dvorak ; Théâtre des Champs Elysées
Les magnifiques Quatre interludes marins de Britten sont joués avec virtuosité et fougue par l'orchestre sous la houlette d'un Jiri Belohlavek décidément souvent très inspiré. Les Quatre Derniers Lieders de Strauss sont chantés par Karita Mattila avec beaucoup de prestance, même si un vibrato trop prononcé et un peu serré affecte l'ensemble. Triomphe auprès un public conquis d'avance. L'occasion également de m'apercevoir que cette musique est aussi belle que chiante !
L'orchestre finit par une Symphonie du Nouveau Monde très moyenne, pleine d'imprécisions, sans beaucoup de souffle lyrique, entichées de sonorités pas toujours très flatteuses. Dommage.
Eugène Onéguine, de Tchaïkovski à l'opéra national de Prague
Jolie découverte pour ma part de cet opéra captivant à plus d'un titre, dans une mise en scène signée Andreï Serban, assez banale malgré quelques réussites visuelles (tapis de fleurs, scène de la lettre,...). L'orchestre de l'opéra de Prague, dirigé par John Fiore avec énergie, n'est pas une grosse machine infaillible, mais il y a de la poésie malgré une certaine atonie ponctuelle.
Roman Janal est un Onéguine bien chantant, Vladimir Prolat s'époumone en Lenski, Hannah Esther Minutillo est correcte en Olga, Dana Buresova émouvante en Tatiana.
Et la salle est magnifique !
Le Roi Malgré lui, d'Emmanuel Chabrier, à l'Opéra Comique :
L'oeuvre est passionnante, d'une finesse exquise, mais le troisième acte est long, assez ennuyeux, sans grands moments. La mise en scène de Laurent Pelly commence à merveille, avec une intéressante mise en abyme, les chanteurs simulant une répétition, puis on se lasse de voir ces trois personnages muets, sortes de répétiteurs, constamment sur le plateau, envahissant l'espace et atirant le regard avec des gags visuels un peu lourds à la longue. C'est plein d'idées, mais pas toujours très bien mené, même s'il faut reconnaître le talent de Pelly, qui n'a guère d'équivalent dans le monde de la mise en scène.
Jean-Sébastien Bou est un Roi bien chantant, mais au timbre un peu faible par moments. Franck Leguérinel est excellent en Duc lâche et faible : jeu d'acteur, projection vocale, diction, tout est impeccable. Magali Léger compense par son timbre, ses vocalises et son physique une émission un peu... légère et une articulation loin d'être limpide, tandis que Sophie Marin-Degor fait sensation en vamp tyrannique, malgré une diction là encore qui gagnerait à être améliorée.
William Lacey dirige avec entrain un Orchestre de Paris d'un sérieux qui laisse pantois dans une telle oeuvre.
Mai 2009 :
Ensemble Orchestral de Paris dans Villa-Lobos, Gorecki et Haydn ; Théâtre des Champs-Elysées.
Dirigé par Paul Watkins, l'orchestre commence avec Trois Pièces dans le style ancien d'Henryk Gorecki sans grand relief (il faut dire que l'oeuvre n'est pas tout à fait passionnante) qui passent bien vite. Le chef dirige ensuite du violoncelle la Bachianas Brasileiras n°1 de Villa-Lobos, très dansante et vive, malgré les douloureux unissons des deux premiers instrumentistes (dont Watkins, au son se démarquant trop de l'ensemble), puis la n°5 avec une Sandrine Piau radieuse comme à son habitude, incitant à l'indulgence face aux quelques décalages ou imprécisions qui parsement l'interprétation.
S'ensuit une Symphonie n°104 de Haydn bien plus vivante et engagée que ce que nous pouvions attendre, avec de bons solistes et une énergie constante. En revanche, les trompettes sont toujours aussi moyennes, et je ne me fais toujours pas au hautbois de Daniel Arrignon...




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