Vendredi 17 juillet 2009
- Publié dans : Musique classique
Par SuperGarfield
Commençons donc par les vieilleries, avec des comptes-rendus rapides et sans doute un peu bâclés, mais enfin, tant de choses à rattraper !

Février 2009 :

Lady Sarashina, de Peter Oëtvös à l'Opéra Comique :

Oeuvre magnifique qui me redonne de l'espoir vis-à-vis de la musique contemporaine. Le livret est magnifique, passionnant, l'oeuvre excellement agencée, concise (1h15 environ), ne dédaignant pas l'expression lyrique, ni les effets modernes : une grande réussite, portée par un excellent orchestre (Lyon) et trois très bons chanteurs. A guetter sur les scènes, mais l'oeuvre a toutes les chances d'entrer au répertoire.

Hydrogen Jukebox
, de Philip Glass au TAP de Poitiers :

Première française d'un opéra qui n'est qu'une succession de chansons mises en musiques pour trois bois, percussions et des synthétiseurs qui datent beaucoup l'oeuvre. La musique est sans grand intérêt, resucée de chez resucée, hormis quelques moments planants ou hypnotisants comme Glass savait encore un peu en faire (mais cela n'engage que moi, Magicalme a aimé !). L'interprétation d'Ars nova est remarquable. Reste le livret d'Allen Ginsberg, complètement halluciné, d'une très grande force malgré un discours souvent obscur, et la mise en scène de Joël Jouanneau, intelligente, efficace, créant un lien dans cet ensemble hétéroclite. Dommage qu'il n'y ait eu aucun surtitrage !




Mars 2009 :

Albert Herring, de Benjamin Britten, à l'Opéra Comique :

Probablement le meilleur spectacle de la saison à mes yeux. Oeuvre excellente, livret très drôle, chanteurs excellents, avec mention spéciale à Allan Clayton en Albert et Felicity Palmer en Mrs Pike. Orchestre de l'opéra de Rouen soigneusement dirigé par Laurence Equilbey et mise en scène de Richard Brunel décapante, avec mille idées à la seconde, pas de temps mort, une utilisation de l'espace scénique formidable, avec notamment un plateau tournant du meilleur effet, dévoilant sournoisement ce qu'il se passe derrière les facades. Le passage de l'épicerie est anthologique, avec utilisation des micros et des téléphones portables pour mieux inscrire l'oeuvre dans notre époque pas si différente de celle des années 60. Une réussite totale !

Dans la colonie Pénitentiaire, de Philip Glass, au Théâtre de Nîmes :

Deux jours après Albert Herring, nous retrouvions Richard Brunel pour une mise en scène très efficace, bien qu'un peu longue à se mettre en route. Une petite discussion avec lui en sortant du théâtre nous a appris que l'utilisation du plateau tournant était juste une coïncidence (rapport à la mes de Britten), et que le sens était tout à fait différent ce soir-là, ledit plateau tournant illustrant l'emballement de la machine de torture imaginée par le général psychopathe(excellent Stephen Owen) tout fier de décrire au visiteur (correct Stefano Ferrarri) sa "belle" invention.
La nouvelle de Kafka est excellente, et le livret adapte intelligemment le texte. La musique de Glass est un peu meilleure que celle d'Hydrogen Jukebox, mais cela reste assez banal et on fatigue d'entendre ce recyclage : encore une oeuvre où il ne s'est pas foulé !
Le quintette à cordes de l'Opéra de Lyon joue cette musique sans grande conviction, ce que l'on peu, en un sens, comprendre.

Ensemble Orchestral de Paris dans Mendelssohn, Weber, Finzi, Schumann ; Théâtre des Champs-Elysées

Concert assez moyen, avec toujours les mêmes défauts de l'orchestre : musicalité limitée, attitude fonctionnariale, ensemble peu homogène,... malgré tous les efforts de l'énergique Joana Carneiro, jeune chef vivante et et au potentiel certain. L'Ouverture du Songe d'une nuit d'été est correcte mais assez plate, la création de Graciane Finzi, La tombée du jour, aux textures intrigantes mais un peu uniformes est desservie par un Laurent Naouri chantant dans ses baskets ; le Concerto pour basson de Weber est joué énergiquement par Fanny Maselli, même si on n'évite pas quelques pains, ni une trop grande propension aux oeillades (ce Concerto jovial le permet, mais pas si souvent) ; enfin la 2e Symphonie de Schumann souffre de la comparaison avec le Chamber orchestra of Europe, et la bonne volonté de la chef ne suffit pas : l'orchestre ne suit pas, le niveau technique est limite, et le sublime Adagio est totalement raté.



Avril 2009 :

Riders to the Sea
, de Ralph Vaughan Williams, à l'Athénée Louis Jouvet :

Superbe ouvrage, très court (une heure, guère plus), intimiste, triste, au livret touchant de simplicité et de désarroi. Textures orchestrales superbes, desservies par un orchestre du Théâtre de Reims (dirigé par Jean-Luc Tingaud) imprécis, aux sonorités assez laides, surtout chez les cordes.La mise en scène est bonne, sans plus. Les chanteurs et le choeur sont tout à fait satisfaisants, et le cycle de mélodies qui ouvre le spectacle est du même niveau musical.

Orchestre de la BBC, dans Britten, Strauss, Dvorak ; Théâtre des Champs Elysées

Les magnifiques Quatre interludes marins de Britten sont joués avec virtuosité et fougue par l'orchestre sous la houlette d'un Jiri Belohlavek décidément souvent très inspiré. Les Quatre Derniers Lieders de Strauss sont chantés par Karita Mattila avec beaucoup de prestance, même si un vibrato trop prononcé et un peu serré affecte l'ensemble. Triomphe auprès un public conquis d'avance. L'occasion également de m'apercevoir que cette musique est aussi belle que chiante !
L'orchestre finit par une Symphonie du Nouveau Monde très moyenne, pleine d'imprécisions, sans beaucoup de souffle lyrique, entichées de sonorités pas toujours très flatteuses. Dommage.

Eugène Onéguine, de Tchaïkovski à l'opéra national de Prague

Jolie découverte pour ma part de cet opéra captivant à plus d'un titre, dans une mise en scène signée Andreï Serban, assez banale malgré quelques réussites visuelles (tapis de fleurs, scène de la lettre,...). L'orchestre de l'opéra de Prague, dirigé par John Fiore avec énergie, n'est pas une grosse machine infaillible, mais il y a de la poésie malgré une certaine atonie ponctuelle.
Roman Janal est un Onéguine bien chantant, Vladimir Prolat s'époumone en Lenski, Hannah Esther Minutillo est correcte en Olga, Dana Buresova émouvante en Tatiana.
Et la salle est magnifique !

Le Roi Malgré lui, d'Emmanuel Chabrier, à l'Opéra Comique :

L'oeuvre est passionnante, d'une finesse exquise, mais le troisième acte est long, assez ennuyeux, sans grands moments. La mise en scène de Laurent Pelly commence à merveille, avec une intéressante mise en abyme, les chanteurs simulant une répétition, puis on se lasse de voir ces trois personnages muets, sortes de répétiteurs, constamment sur le plateau, envahissant l'espace et atirant le regard avec des gags visuels un peu lourds à la longue. C'est plein d'idées, mais pas toujours très bien mené, même s'il faut reconnaître le talent de Pelly, qui n'a guère d'équivalent dans le monde de la mise en scène.
Jean-Sébastien Bou est un Roi bien chantant, mais au timbre un peu faible par moments. Franck Leguérinel est excellent en Duc lâche et faible : jeu d'acteur, projection vocale, diction, tout est impeccable. Magali Léger compense par son timbre, ses vocalises et son physique une émission un peu... légère et une articulation loin d'être limpide, tandis que Sophie Marin-Degor fait sensation en vamp tyrannique, malgré une diction là encore qui gagnerait à être améliorée.
William Lacey dirige avec entrain un Orchestre de Paris d'un sérieux qui laisse pantois dans une telle oeuvre.

Mai 2009 :

Ensemble Orchestral de Paris dans Villa-Lobos, Gorecki et Haydn ; Théâtre des Champs-Elysées.

Dirigé par Paul Watkins, l'orchestre commence avec Trois Pièces dans le style ancien d'Henryk Gorecki sans grand relief (il faut dire que l'oeuvre n'est pas tout à fait passionnante) qui passent bien vite. Le chef dirige ensuite du violoncelle la Bachianas Brasileiras n°1 de Villa-Lobos, très dansante et vive, malgré les douloureux unissons des deux premiers instrumentistes (dont Watkins, au son se démarquant trop de l'ensemble), puis la n°5 avec une Sandrine Piau radieuse comme à son habitude, incitant à l'indulgence face aux quelques décalages ou imprécisions qui parsement l'interprétation.
S'ensuit une Symphonie n°104 de Haydn bien plus vivante et engagée que ce que nous pouvions attendre, avec de bons solistes et une énergie constante. En revanche, les trompettes sont toujours aussi moyennes, et je ne me fais toujours pas au hautbois de Daniel Arrignon...

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Vendredi 17 juillet 2009
- Publié dans : Fourre-tout et rien
Par SuperGarfield
Bon, il serait temps de s'y remettre, non ?

Ce blog inactif depuis trop longtemps ne doit sa léthargie qu'au fait que je n'ai plus Internet depuis mars, ni le temps d'écrire quelques articles en me connectant depuis le poste d'un ou d'une amie. Si on rajoute à cela le fait que Magicalme n'a pas cru bon de me remplacer dans la rédaction des articles (le filou), cela donne un site aussi vivant que Limoges en hiver (que les Limougeauds me pardonnent, il me fallait une ville rapidement). Mais rassurez-vous, j'ai décidé de reprendre les choses en main, parce qu'il y a trop de concerts qui ont défilé sans qu'aucune critique n'apparaisse ici-bas. Je me contenterai donc de faire un seul article pour une floppée de concerts et spectacles allant de février à avril voire mai, et pour les plus récents, je reprendrai mes bonnes vieilles habitudes des pâtés indigestes qui servent de compte-rendu individuel.

Y'a du boulot !


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Mardi 19 mai 2009
- Publié dans : Théâtre
Par magicalme

Wayn Traub, Maria-Magdalena
Théâtre des Abesses
4 mai 2009

Après N.Q.Z.C., présenté au Théâtre de la Ville en novembre 2007, une réussite en tous points, et une véritable révélation pour ma part, j'attendais la nouvelle création de Wayn Traub avec une très grande impatience.
Si la forme n'es pas tout à fait la même, le style n'a pas changé,et c'est un vrai plaisir.

Maria-Magdalena tient du "cinéma-opéra", selon les dires du créateur: Wayn Traub chante seul en scène, et manipule quelques accessoires, tandis que derrière lui est projeté un film, réel support de l'histoire.
Difficile de dégager une trame linéaire, mais, à travers plusieurs scènes, il aborde les thèmes qui lui sont chers: la figure de la femme suprême représentée par Maria-Magdalena, la mort, la peur, le désir... Toutes les histoires sont liées par des éléments récurrents: un couteau, une cloche, un carnet, ou le pied disparu d'une statue de Salomé/Maria-Magdalena brûlée pour avoir compromis un prêtre par son érotisme... Et la confrontation de toutes les pistes narratives et symboliques aboutti, comme cela était le cas pour N.Q.ZC., à une unité d'ensemble, par toujours évidente, mais ressentie: des résonances se créent entre les thèmes, finissent par créer une compréhension presque inconsciente du tout. Et longtemps après, la beauté et la force des images reviennent encore à l'esprit.



L'univers complexe de Wayn Traub, parsemé de références mythologiques et bibliques (la figure du diable revient sans cesse), peut dérouter, comme ce fut le cas pour plusieurs spectateurs qui ont quitté la salle en cours de représentation. Car l'artiste ne craint pas et ne se prive pas de perdre en chemin les spectateurs: changement de registre sans crier gare, alternance de passages narratifs et oniriques qui perturbent le fil conducteur... Malgré une impression parfois d'inachevé, et le sentiment par moments que le film se suffirait bien à lui tout seul, Wayn Traub fait preuve d'un réel talent de conteur, surtout lorsque son texte le lui permet: particulièrement pour l'historiette du soldat chinois perdu dans un village abandonné qu'il ne connaît pas, où il trouve un carnet contenant un poème qu'il a signé, sur sa propre mort... Le sentiment d'angoisse, qui traverse toute l'œuvre, atteint ici son paroxysme, et pourvu que l'on se laisse emporter, transforme le spectateur.
Une chose particulièrement déplorable cependant: le fait qu'il ne vienne pas saluer à la fin du spectacle, nous laissant applaudir un oiseau empaillé aux yeux lumineux, ce qui explique l'accueil tiède, car hésitant, des spectateurs.

Sans rejoindre la perfection de N.Q.Z.C., Maria-Magdalena est un spectacle réussi, qui donne envie de suivre plus avant les tribulations de son metteur en scène. Wayn Traub a ainsi annoncé qu'il préparait pour les années à venir une trilogie sur la fin du monde. De quoi intriguer pour encore longtemps...

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Dimanche 8 mars 2009
- Publié dans : Cinéma
Par SuperGarfield et Magicalme
Un petit article compilant plusieurs mini-critiques de films récemment vus par nous. Les auteurs en sont Magicalme (Herbe, Religolo, Walkyrie) et SuperGarfield (Benjamin Button, Les Noces Rebelles, Gran Torino)


Les Noces Rebelles, de Sam Raimi, avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio,...

La réunion tant attendue (sauf par moi) des deux héros de Titanic. Une belle histoire, narrant le déchirement d'un couple dont l'existence banale les pousse à partir en Europe pour mener une vie de bohème. Mais peu de temps avant le départ, le mari se voit proposer une promotion alléchante, et la femme apprend qu'elle est enceinte. Et forcément, cela ne plaît ni à l'un, ni à l'autre, et ils doivent tout remettre en question.
S'ensuivent disputes violentes, tensions, éloignement, adultère, etc... Bref, une histoire de moeurs, au ton délibérément grave et avec peu d'humour, hormis lors des apparitions du fils fou de la voisine.
Dommage que la réalisation soit à ce point inégale, alternant passages longuets et sans grande imagination avec scène fortes, remarquablement bien filmées (je pense à l'avant-dernière scène, où la femme est seule dans la maison, avec plan fixe et musique statique terriblement évocateurs). L'issue se fait un peu trop attendre, fruit de la manie des réalisateurs américains de devoir mettre une fin claire à toutes les histoires, et l'histoire a du mal à démarrer.
Pour autant, un bon film, qui mérite surtout d'être vu pour l'extraordinaire prestation des deux acteurs principaux, un Leonardo DiCaprio en grande forme et une Kate Winslet toujours aussi sublime et intense.




L'étrange histoire de Benjamin Button, de David Fincher, avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Tilda Swinton, Taraji P. Henson,...

L'histoire d'un bébé qui naît vieux pour mourir jeune, tandis que son esprit suit le chemin contraire. Il était osé de mettre en image cette nouvelle à la trame originale. Le pari est réussi par David Fincher, qui réalise une véritable prouesse cinématographique. La naissance et la mort du héros sont particulièrement bien gérées, et le scénario tout à fait bien construit. Certes, on évite pas quelques longueurs, mais pour autant, on ne s'ennuie pas. Tout d'abord grâce à la prestation des acteurs, excellents et émouvants, mais aussi grâce à l'enchaînement palpitant des événements, et à la richesse de l'histoire. Et puis revoir Brad Pitt jeune, ou même vieux, a réussi à me convaincre que c'était un bien bel homme !




Herbe, documentaire de Matthieu Levain et Olivier Porte

Dans une Bretagne chatoyante et bruineuse, les deux réalisateurs de cet excellent documentaire suivent le combat d'un petit groupe d'exploitants laitiers, regroupés en une association et un organisme de recherche et formation, pour le retour de l'herbe comme moyen d'élevage, face au soja et maïs transgénique employés ordinairement, alimentation fournie par les coopératives agricoles. Portrait à charge et clairement partisan, Herbe a le mérite de faire réfléchir sur la conception dominante de l'agriculture à tendance productiviste, conception qui a débouché sur la mainmise des grands groupes agricoles, dont l'intérêt est devenu essentiellement économique, et à l'endettement des fermiers, poussés par ces mêmes groupes ainsi que par la nécessité de produire du lait pour subsister, à s'endetter sur des sommes colossales, ce qui a pour conséquence un asservissement aux moyens de production intensive.
Sans révolutionner le documentaire, Herbe rempli parfaitement son rôle et alerte sur un sujet d'importance. Car ce qui transparaît dans ce film est aussi le problème de la politique agricole de la France, et de l'Europe. Sans toutefois laisser envisager de réponse optimiste au problème agricole français. Restent pour se consoler les paysages magnifiques de Bretagne, et les portraits attachants de ces éleveurs en croisade.


Religolo, road movie documentaire de Larry Charles, avec Bill Maher,...

Grosse déception que ce film censé pourfendre la religion ! Malgré une approche façon Michael Moore, qui voit Bill Maher (un humoriste américain) aller interviewer des croyants et discuter avec eux pour tenter de leur montrer l'absurdité de leurs convictions, approche qui fonctionne bien pendant une grande moitié du film, avec des portraits assez drôles, et presque surréalistes par moments (l'homme qui s'est convertit parce qu'il a tendu son verre par la fenêtre et qu'il a plu à ce moment là, "pour le remplir", la partie centrée sur un parc d'attraction consacré à la Bible, ou, moment d'anthologie, le sénateur américain qui déclare "vous savez, il n'y a pas de test de Q.I. avant de devenir sénateur", laissant un Bill Maher sidéré !), c'est finalement une gêne qui s'installe devant la grosseur et la violence des arguments employés dans la dernière partie : images de massacres, de guerres enchaînées à un rythme épileptique, pour tenter de nous montrer sans doute combien la religion fait mal aux yeux, ou même arrêt des interviews lorsque le protagoniste face à Maher n'est pas du même avis que lui, méthodes qui desservent totalement le documentaire. La déception est d'autant plus grande quand advient le fin mot de l'histoire dans la bouche de Bill Maher : il faut douter!
Tout ça pour ça?


Walkyrie, de Bryan Singer, avec Tom Cruise, Carice Van Houten, Kenneth Branagh,...

Un regard américain sur un épisode Allemand de la seconde guerre mondiale, cela avait de quoi laisser dubitatif... Il y avait malheureusement des raisons de l'être. Le réalisateur d'X-men (qui n'est pas un mauvais film, à mon avis) n'était peut-être pas le mieux indiqué pour cela : l'approche est tellement hollywoodienne que c'en devient agaçant, et ce malgré un certain suspense par moments.
Tous les aspects de l'Histoire sont ainsi revus et corrigés, passés à la moulinette des scénarios formatés et mélangés à un coulis de bon sentiments : l'histoire d'amour, quand bien même elle serait véridique, n'est qu'un cheveu sur la soupe dans ce film à prétention politique et historique, et l'insistance pataude du réalisateur à travers une scène d'adieux larmoyants n'en est que plus horripilante. Tom Cruise fait d'ailleurs vraiment tâche, dans tout cela : son physique, ses postures, sa diction, et par dessus tout ses regards respirent le formatage hollywoodien, si bien que cela auait pu être n'importe quel film de guerre sur n'importe quel pays, quand les autres acteurs s'intègrent parfaitement dans l'univers fictionnel. Que dire ensuite du formidable tour de force qui consiste à faire passer ces simples nazis aux opinions divergentes (dont la motivation est purement nationaliste, comme le souligne le film sans doute involontairement) pour des sauveurs de la veuve et de l'orphelin...? Tour de force qui culmine dans la réplique convenue : "nous n'étions pas tous comme eux"...
Un point qui m'a particulièrement gêné est le fait que les scénaristes et le réalisateur aient souligné ce formatage hollywoodien de manière relativement grossière : la scène d'ouverture nous montre Tom Cruise écrivant son journal, et le lisant en voix off, en allemand. Au bout de quelques secondes, se superpose une deuxième voix, la sienne mais lisant en anglais ! Quel intérêt, si ce n'est de prendre le spectateur pour un idiot ? Pourquoi ne pas commencer directement en Anglais ?
Un film qui laisse dubitatif.




Gran Torino
, de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her, Christopher Carley

Walter Kowalski, un vieil homme veuf, raciste et irritable, qui a participé à la Guerre de Corée et conserve un attachement aux vieilles valeurs traditionnelles américaines (la religion exceptée), passe la fin de sa vie dans une banlieue de Détroit, solitaire, éloigné de sa famille qu'il n'aime pas.. Alors que l'immigration ramène de nombreux asiatiques et favorise la création de gangs, une famille coréenne s'installe dans la maison voisine. Kowalski voit d'un bien mauvais oeil cette installation, ressassant encore et encore ses souvenirs de guerre, ignorant pourtant que ses voisins font partie de l'ethnie Hmong, qui s'est battue aux côtés des Américains durant la guerre.
Lorsqu'on tente une nuit de lui voler sa Ford Gran Torino, voiture de collection dont il est très épris, il découvre que le malfaiteur est Tao, le fils de ses nouveaux voisins, qui a agi sous la pression d'un gang dont il finit par se détourner. Mais le gang revient à la charge, ne supportant pas l'affront. Kowalski s'interpose avec sa carabine et devient un héros du quartier. Sous la menace permanente d'un retour du gang, Tao et le vieil homme se lient d'amitié.

Ce film de Clint Eastwood est une merveille. On ne sait ce qui contribue le plus à faire de ce film un chef d'oeuvre : l'intrigue, passionante, haletante, attendrissante, est un modèle du genre. Le scénario réglé comme une horloge suisse, avec ses dialogues fins et percutants, son déroulement évident, est extraordinaire de naturel et de franchise. Le jeu d'acteur de Clint Eastwood, malgré ses 78 ans (!), est formidable, inoubliable, même : on se prend peu à peu d'affection pour ce vieil acariâtre à la répartie acérée qui n'est au fond qu'un homme seul avec son incompréhension de l'autre. Les autres acteurs ne déparent pas le moins du monde à l'ensemble, en particulier les jeunes Bee Vang et Ahney Her, très émouvants en frère et soeur pleins de sollicitude envers leur voisin.

Au final, derrière un postulat de base qui peut sembler assez convenu se cache un authentique chef d'oeuvre qui devrait marquer les esprits.



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Dimanche 1 mars 2009
- Publié dans : Musique classique
Par SuperGarfield
Philip Glass : Les Enfants Terribles
(d'après l'oeuvre de Jean Cocteau)
Véronique Briel, Stéphane Petitjean, Vincent Leterme : pianos et direction musicale
Mise en scène : Paul Desveaux

Dargelos, Agathe : Muriel Ferraro
Elisabeth : Myriam Zekaria
Gérard : Damien Bigourdan
Paul : Jean-Baptiste Dumora

Paris, Théâtre de L'Athénée - Louis Jouvet, samedi 14 février 2009



C'était la deuxième fois que nous voyions ce spectacle, présenté l'année précédente au Théâtre 71 de Malakoff. A l'époque, il nous avait fait forte impression, tant grâce au livret qu'à la musique et à la mise en scène. Nous avons failli rater un des rares passages d'une oeuvre de Glass à Paris, mais fort heureusement, nous sommes parvenus à acheter deux des trois dernières places restantes pour la dernière représentation, et nous avons ainsi pu revivre ce moment qui nous avait tant marqué.

Ce qui fait la force de cet opéra, c'est tout d'abord son livret, d'une richesse incroyable. L'intrigue de Jean Cocteau gravite autour de deux frère et soeur à la fin de l'adolescence, Paul et Elisabeth, liés par un amour fusionnel ("sans aucun gêne", nous dit le narrateur), et s'adonnant à ce qu'ils nomment "le jeu", c'est-à-dire une immersion simultanée dans un univers parallèle, auquel seuls eux ont accès. Auprès d'eux, Gérard, narrateur de l'histoire, amoureux d'Elisabeth, tente de s'immiscer dans leur intimité, ce qu'il parvient à faire finalement, lorsqu'arrive Agathe, chargée d'apprendre le métier de modèle à Elisabeth. Ils emménagent ensemble dans la grande maison du richissime nouveau mari d'Elisabeth, qui se tue en voiture le lendemain de leur mariage. Se forme alors un microcosme dans lequel les quatre personnages évoluent, avec le traditionnel lot d'amour, de haine et de jalousie. Ainsi, Gérard est toujours amoureux d'Elisabeth, Paul quant à lui aime Agathe passionément, qui le lui rend bien, sans que chacun soit au courant des sentiments de l'autre.
Cette situation de base donne lieu à de formidables portraits psychologiques. Il faut citer tout d'abord la relation quasi incestueuse de Paul et Elisabeth, mus par un amour et une complicité troublants dont on ne discerne pas bien les contours. Leur "jeu" symbolise le monde de l'enfance, l'innocence du frère et de la soeur ; on apprend toutefois au cour de la pièce que "le jeu" est similaire aux effets de la drogue qu'Agathe consomme régulièrement.
Le statut sexuel de Paul est lui aussi particulièrement flou : ce dernier ne semble pas aimer un sexe mais une personne. Ainsi, on s'étonne qu'au début de la pièce, lorsque l'élève nommé Dargelos lui lance un pavé dans la poitrine, Paul prenne sa défense. Plus tard, on comprend grâce à la photo de ce même Dargelos que Paul caresse amoureusement, qu'il en est amoureux. Et lorsqu'Agathe s'immisce dans sa vie, il en tombe pareillement amoureux, puisqu'Agathe est... le portrait craché de Dargelos.
Le personnage le plus riche, et qui domine la pièce est sans aucun doute Elisabeth, soeur jalouse et dominatrice, profitant de la faiblesse naturelle de Paul pour se jouer de lui à plusieurs reprises, et le mener selon son bon vouloir. Ainsi, lorsqu'elle apprend que Paul et Agathe sont amoureux l'un de l'autre, elle met tout en oeuvre pour empêcher qu'ils l'apprennent, ne supportant pas que Paul s'éloigne d'elle pour une autre. Sa machination finale n'est pas sans rappeler la Marquise de Merteuil des Liaisons Dangereuses, supposément insensible, mais dont on comprend finalement l'amour qu'elle porte à Valmont.
Cette sombre histoire mène Paul à s'empoisonner en pensant ne pas être aimé d'Agathe, et Elisabeth à menacer de mort cette dernière pour finalement... se tirer une balle dans le crâne. Cette fin abrupte n'est le que le seul prolongement possible de l'inexorable sortie de l'enfance des deux frère et soeur : la mort de leur mère, le travail et le mariage d'Elisabeth, leur éloignement progressif, les premiers sentiments amoureux,... Si l'on ajoute à cela l'intrusion dans leur monde de deux autres personnes, la seule issue s'offrant à eux lors de leur passage à l'âge adulte est bien la mort, leur esprit éternellement enfantin ne supportant pas un tel changement.

Sur ce livret que certains critiques ont trouvé ampoulé, sans intérêt, et que je considère simplement comme extrêmement riche, Philip Glass a posé une musique intimiste et relativement sobre. Il faut dire que le choix de trois pianos électriques n'est pas anodin, et que l'absence de variation de timbres permet une grande continuité dans la musique, et unit la trame d'un bout à l'autre de l'histoire. Musicalement, notre Philounet s'est trouvé bien plus inspiré qu'à l'accoutumée, variant bien plus les rythmes, les couleurs harmoniques que dans ses partitions alimentaires si fréquentes, malheureusement. Bon, évidemment, il fait du Philip Glass, et on retrouve toujours ses arpèges, ses batteries de tierces ou d'octaves, mais le tout est ficelé de manière plus réfléchie et mieux organisée que lorsqu'il compose sans réfléchir d'improbables B.O. de films.



Côté vocal, le plateau est satisfaisant. Damien Bigourdan, dans le rôle de Gérard, convainc parfaitement lors de la narrtion, avec une diction naturelle et franche. En revanche, lorsqu'il se met à chanter, c'est nettement moins probant, tant il semble fâché avec la justesse, pourtant pas l'élément le plus difficile de la musique de Glass. Reste la diction limpide du français. Myriam Zekaria est une Elisabeth très convaincante et bien chantante, en dépit d'aigus un peu serrés et criards. L'articulation du texte est parfois un peu prise en défaut, mais c'est tout à fait intelligible dans l'ensemble. Muriel Ferraro est une Agathe puissante, au timbre chaud et plein, et à la diction impeccable. Celui qui s'avère le meilleur élément du plateau est sans aucun doute le baryton Jean-Baptiste Dumora, disposant à la fois d'une présence scénique de premier ordre, d'un jeu d'acteur parfaitement convaincant, d'une voix pleine et puissante, d'une justesse sans faille, et d'une prononciation de la langue parfaite de bout en bout.
Les trois pianistes servent avec précision la partition, et Dieu sait si c'est important dans la musique de Philip Glass ! Ca nous change des interprétations floues et brouillonnes du compositeur lui-même !

La mise en scène de Paul Desveaux, si elle a fait moins forte impression que l'année passée, est très bien réglée : sans temps mort, avec des interludes dansés tout à fait à leur place, et assez troublants, le tout dans un décor sobre, dépouillé, avec un joli fond de scène (où les pianistes jouent installés entre des arbres) et un sable vert sur tout le sol. On peut juste regretter que l'espace clos de la chambre n'ait pas été mieux représenté sur la scène, où le côté trop ouvert ne rend pas suffisamment compte du huis-clos dans lequel s'enferment les quatre protagonistes.

Un beau spectacle en somme, malgré quelques scories parfois préjudiciables à la réussite d'ensemble.

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