Concerti per violino "Di sfida", Anton Steck (violon), Modo Antiquo (dir, F.M. Sardelli). [Naïve, 2007]
(concerti RV 232, 264, 325, 243, 353, 368)
Galette vénitienne
Mmmh, histoire de marquer mon territoire, et d'annoncer la couleur, je critique un disque de... Vivaldi ! Si, si.
Il s'agit d'un de mes récents achats dans un répertoire qui peut s'avérer difficile à supporter sur la longueur. Soyons d'accord, un concerto pour violon de Vivaldi, c'est génial. Six mis bout à
bout, c'est nettement moins marrant. J'avais déjà fait l'expérience avec les disques, encensés par la critique, de Carmignola et le Venice Baroque Orchestra. Certes, la maîtrise instrumentale est
époustouflante, l'orchestre savoureux et les pièces rares et réussies, mais au bout du moment, on a l'impression que tout se ressemble.
Avec ce disque d'Anton Steck, parution de l'excellente intégrale Vivaldi de Naïve, rien de la sorte ! Il n'y a que six concertos (c'est peu, surtout s'ils espèrent enregistrer les 220 concertos du
Rouquin, à ce rythme-là, ils n'ont pas fini !), mais tous sont suffisamment caractérisés pour maintenir l'attention d'un bout à l'autre. Le thème de ce disque était celui du défi. Ces concertos
présentent en effet une difficulté particulièrement conséquente pour la partie soliste, bien éloignée des concertos de l'Estro Armonico, par exemple. Ici, c'est l'explosion virtuose permanente, un
feu d'artifice, de pyrotechnie, avec arpèges, gammes, tierces, sauts d'octave voire bien plus,... Le concerto "Senza Cantin" interdit par exemple l'utilisation de la chanterelle, corde la plus
aiguë du violon, ce qui oblige le soliste a monté dans des positions très élevées sur les autres cordes.
Bref, pour ceux qui aiment la vraie virtuosité, ils seront servis ! Notamment avec le dernier concerto du disque, RV 368, qui est délibérément un concerto pour briller (ou plutôt méduser, tant la
difficulté y est grande) : il serait le plus difficile jamais écrit par Vivaldi. L'écriture y est rudimentaire mais le soliste est mis constamment en péril. A l'écoute, c'est ahurissant de
difficulté, impression confirmée par Anton Steck dans l'interview qui accompagne le disque, lequel avoue avoir changé de vision à propos de la musique de Vivaldi et de sa difficulté.
Mais cette virtuosité débridée serait creuse sans le talent déjà prouvé du Prêtre Roux. Là encore, on est subjugué par sa science des couleurs, des accompagnements, des mélodies, de la construction
des pièces. C'est une musique difficile mais tellement gratifiante ! Tantôt enlevée, rêveuse, angoissée ou haletante, on ne s'ennuie pas une seule seconde, malgré les manies Vivaldiennes, les
formules qui se répètent d'un concerto à l'autre,... avec les mêmes ingrédients, le Vénitien réinvente quelque chose de nouveau à chaque fois. Cependant, curieusement les mouvements lents sontles
moins intéressants, chose tout à fait inhabituelle chez Vivaldi !
Mais alors, Anton Steck, comment s'en sort-il ? Pour être honnête, lorsque j'ai entendu parler de ce disque, j'étais un peu sceptique face à cet inconnu (tout de même premier violon du Concerto
Köln) : allait-il s'en sortir face aux Biondi ou Carmignola ?
Après des tas d'écoutes, la réponse est définitevement oui. Certes, il ne maîtrise pas aussi bien l'instrument que Carmignola, lequel possède une sonorité pure, une technique irréprochable et un
sens de la musique évident. Steck peine parfois dans les traits, s'autorise quelques légères défaillances de justesse, mais comment lui en tenir rigueur au vu d'oeuvres si difficiles ? D'autant que
le musicien y met une fougue tellement imposante que l'on a du mal à ne pas se laisser emporter par son bonheur de jouer, de faire vivre cette musique qui peut facilement tomber dans le
conventionnel si on n'y prête pas garde.
Steck nous sert un Vivaldi de feu et de sang, mais sans utiliser d'effets brutaux, de nuances exagérement contrastantes. Ici, c'est la fougue, mais naturelle.
Il faut dire qu'avec Sardelli, fervent défenseur des interprétations mesurées de Vivaldi, Steck est bien entouré. On a pu être déçu par le chef italien dans Atenaide, voire dans le disque des Arie
d'Opera du même label, mais ici, sa rigueur qui ne tempère nullement son appétit fait merveille. L'orchestre est souple, fin, vivant, présent, portant le soliste avec ferveur. L'utilisation du
basson à la basse continue est une bonne idée, car elle apporte une touche boisée et une couleur nouvelle dans cette musique.
Pour conclure cette critique, je dirai donc qu'en dépit de ses quelques faiblesses, ce disque constitue à mes yeux la meilleure manière d'aborder les concertos pour violon de Vivaldi.
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