Le Roi Roger, Opera Bastille 30/06/09
Kazushi Ono
Krzysztof Warlikowski (mise en scène)
Le Roi Roger II: Scott Hendricks
Roxana: Olga Pasichnyk
Edrisi: Stefan Margita
Le Berger: Eric Cutler
L’Archevêque: Wojtek Smilek
Une Abbesse: Jadwiga Rappé
Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
Une entrée au répertoire méritée! Comment croire que ce que d'aucuns considèrent comme le chef-d'œuvre de Szymanowski ait attendu 90 ans avant de prendre place sur les planches de l'Opéra de Paris?
C'était enfin chose faite, au mois de juin dernier, sous la houlette de Kazushi Ono, avec Krzysztof Warlikowski à la mise en scène. Mais une œuvre aussi particulière que Le Roi Roger ne pouvait sans doute avoir lieu que dans des circonstances pas moins spéciales! De ce point de vue là, le spectacle était réussi... puisque copieusement hué pendant les premières représentations (poussant le metteur en scène à ne plus venir saluer par la suite).
Il faut dire que le terrain n'était pas propice à la facilité: l'œuvre elle-même, fruit des considérations mystico-théologiques de son auteur, n'est pas un sommet d'intensité dramatique, privilégiant les tirades contemplatives (les avis divergent sur ce point!) aux péripéties classiques. On assiste donc plus ou moins à la perturbation d'un royaume oriental, par un jeune berger venu apporter le culte de Dionysos, entrainant dans son sillage la Reine, et le Roi, indécis quand à son attitude face à ce nouveau culte.
Du point de vue musical, l'avant-garde est moins accusée, mais néanmoins présente: Szymanowski accompagne son texte d'une musique foisonnante, cherchant par là à sous-tendre l'univers byzantin qu'il décrit. Çà et là subsistent des découpages "classiques", notamment avec l'air de Roxane (acte 2), mais l'œuvre est globalement conçue en trois actes ininterrompus.
L'orchestre s'est plutôt bien tiré de la tâche pas forcément aisée dans cette musique, de donner à entendre la richesse et la complexité de cette musique. Les chanteurs ont eux aussi plutôt bien défendu leur rôle, particulièrement pour ce qui est de la Roxane d'Olga Pasichnyk. Scott Hendricks, présent pour un seul soir, s'est montré à la hauteur de son rôle, dans les limites, malheureusement, que lui imposait la mise en scène. Les chœurs de l'Opera ont, par contre, vraisemblablement rencontré quelques difficultés et se sont trouvés aléatoirement perdus dans la scène d'ouverture, sans doute confrontés à la difficulté de la langue exigeante qu'est le Polonais.
"Rhabille-toi chéri, tu vas prendre froid"Le spectacle pêchait bien plus (euphémisons, euphémisons...), malheureusement, par sa mise en scène. Krzysztof Warlikowski a suivi ses principes de mise en scène, et situé l'action à une époque relativement moderne (années 70, probablement). Du coup, le livret qui appelait une scénographie imposante (un palais antique, l'aura imposante d'un roi) tombe à plat: tous les effets ou presque sont minimisés, de l'entrée sensément majestueuse du Roi (ici, il s'habille, c'est tout...) à la beauté renversante du berger (là, un hippie à la perruque moche). Le propos n'est certes pas foncièrement inintéressant (transposition de la royauté à un univers de "stars", d'où des histoires de drogue, de vieillesse...) mais loin d'être adapté au matériau de base: la luxuriance de la musique est presque anachronique face à cette mise en scène: un comble!
Et malgré quelques images fortes (ce corps de femme suspendu, comme en apesanteur, dans une mer de fumée), c'est une esthétique de la laideur qui domine, le paroxysme étant atteint lorsque le berger, durant une hallucination droguée de Roger, arrive sur scène avec des enfants portant une tête de Mickey, et commence une chorégraphie digne du club med. On a donc la désagréable impression d'assister à "Roger et les G.O.", ce que vient conforter la présence dans le final d'un soleil en néons...
Krzysztof Warlikowski a délibérément choisi de ne pas servir l'œuvre, et c'est bien dommage: les quelques bonnes idées sont masquées par une absence générale d'inventivité (malgré des décors plutôt réussis, bien que totalement déplacés) qui n'aide pas à faire passer une œuvre difficile d'accès et déroutante. C'est à désespérer d'avoir un jour une "vraie" production de cet opéra. Devrons-nous attendre plusieurs dizaines d'années...?



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