Musique classique

Mardi 15 septembre 2009
- Publié dans : Musique classique
Par magicalme


Le Roi Roger, Opera Bastille 30/06/09
Kazushi Ono
Krzysztof Warlikowski (mise en scène)
Le Roi Roger II: Scott Hendricks
Roxana: Olga Pasichnyk
Edrisi: Stefan Margita
Le Berger: Eric Cutler
L’Archevêque: Wojtek Smilek
Une Abbesse: Jadwiga Rappé

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris


Une entrée au répertoire méritée! Comment croire que ce que d'aucuns considèrent comme le chef-d'œuvre de Szymanowski ait attendu 90 ans avant de prendre place sur les planches de l'Opéra de Paris?

C'était enfin chose faite, au mois de juin dernier, sous la houlette de Kazushi Ono, avec Krzysztof Warlikowski à la mise en scène. Mais une œuvre aussi particulière que Le Roi Roger ne pouvait sans doute avoir lieu que dans des circonstances pas moins spéciales! De ce point de vue là, le spectacle était réussi... puisque copieusement hué pendant les premières représentations (poussant le metteur en scène à ne plus venir saluer par la suite).

Il faut dire que le terrain n'était pas propice à la facilité: l'œuvre elle-même, fruit des considérations mystico-théologiques de son auteur, n'est pas un sommet d'intensité dramatique, privilégiant les tirades contemplatives (les avis divergent sur ce point!) aux péripéties classiques. On assiste donc plus ou moins à la perturbation d'un royaume oriental, par un jeune berger venu apporter le culte de Dionysos, entrainant dans son sillage la Reine, et le Roi, indécis quand à son attitude face à ce nouveau culte.
Du point de vue musical, l'avant-garde est moins accusée, mais néanmoins présente: Szymanowski accompagne son texte d'une musique foisonnante, cherchant par là à sous-tendre l'univers byzantin qu'il décrit. Çà et là subsistent des découpages "classiques", notamment avec l'air de Roxane (acte 2), mais l'œuvre est globalement conçue en trois actes ininterrompus.

L'orchestre s'est plutôt bien tiré de la tâche pas forcément aisée dans cette musique, de donner à entendre la richesse et la complexité de cette musique. Les chanteurs ont eux aussi plutôt bien défendu leur rôle, particulièrement pour ce qui est de la Roxane d'Olga Pasichnyk. Scott Hendricks, présent pour un seul soir, s'est montré à la hauteur de son rôle, dans les limites, malheureusement, que lui imposait la mise en scène. Les chœurs de l'Opera ont, par contre, vraisemblablement rencontré quelques difficultés et se sont trouvés aléatoirement perdus dans la scène d'ouverture, sans doute confrontés à la difficulté de la langue exigeante qu'est le Polonais.

"Rhabille-toi chéri, tu vas prendre froid"

Le spectacle pêchait bien plus (euphémisons, euphémisons...), malheureusement, par sa mise en scène. Krzysztof Warlikowski a suivi ses principes de mise en scène, et situé l'action à une époque relativement moderne (années 70, probablement). Du coup, le livret qui appelait une scénographie imposante (un palais antique, l'aura imposante d'un roi) tombe à plat: tous les effets ou presque sont minimisés, de l'entrée sensément majestueuse du Roi (ici, il s'habille, c'est tout...) à la beauté renversante du berger (là, un hippie à la perruque moche). Le propos n'est certes pas foncièrement inintéressant (transposition de la royauté à un univers de "stars", d'où des histoires de drogue, de vieillesse...) mais loin d'être adapté au matériau de base: la luxuriance de la musique est presque anachronique face à cette mise en scène: un comble!
Et malgré quelques images fortes (ce corps de femme suspendu, comme en apesanteur, dans une mer de fumée), c'est une esthétique de la laideur qui domine, le paroxysme étant atteint lorsque le berger, durant une hallucination droguée de Roger, arrive sur scène avec des enfants portant une tête de Mickey, et commence une chorégraphie digne du club med. On a donc la désagréable impression d'assister à "Roger et les G.O.", ce que vient conforter la présence dans le final d'un soleil en néons...

Krzysztof Warlikowski a délibérément choisi de ne pas servir l'œuvre, et c'est bien dommage: les quelques bonnes idées sont masquées par une absence générale d'inventivité (malgré des décors plutôt réussis, bien que totalement déplacés) qui n'aide pas à faire passer une œuvre difficile d'accès et déroutante. C'est à désespérer d'avoir un jour une "vraie" production de cet opéra. Devrons-nous attendre plusieurs dizaines d'années...?

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Mardi 15 septembre 2009
- Publié dans : Musique classique
Par SuperGarfield
Avant de commencer la nouvelle année, achevons la précédente.

George Bizet : Carmen

Carmen, Anna Caterina Antonacci
Don José, Andrew Richards
Micaëla, Anne-Catherine Gillet
Escamillo, Nicolas Cavallier
Le Dancaïre, Françis Dudziak
Le Remendado, Vincent Ordonneau
Zuniga, Matthew Brook
Moralès, Riccardo Novaro
Frasquita, Virginie Pochon
Mercédès, Annie Gill / Louise Innes
Lillas Pastia, Simon Davies
Un guide, Lawrence Wallington

Orchestre Révolutionnaire et Romantique et Monteverdi Choir, direction John Eliot Gardiner
Paris, Opéra-Comique, 25 juin 2009

L'événement de ce mois de juin 2009, c'était la venue d'Anna Caterina Antonacci à Paris pour une Carmen très attendue, entourée des non moins attendus musiciens de l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique dirigés par John Eliot Gardiner. L'attente était rendue plus longue encore par le fait qu'on nous promettait une Carmen "authentique", sur le lieu de sa création en 1875, en version originale avec dialogues parlés, et accompagnés par des instruments d'époque sous la houlette d'un chef sensé connaître son affaire.

Pour nous, rien de tout cela : nous ne connaissions de Carmen que les sempiternels extraits, objectivement d'un très haut niveau, et représentant tout de même au moins un quart de l'oeuvre. C'était donc quasiment une découverte que nous faisions ce soir-là. Sur l'oeuvre, rien à redire : le livret d'Halévy est très fort, très bien construit, et la musique l'embellit d'un bout à l'autre, sans aucun point faible. Le niveau d'inspiration est proprement hallucinant !

Question chanteurs, nous étions plutôt gâtés. Outre de très bons seconds rôles, nous avions affaire à une distribution de haut niveau : si l'on excepte l'Escamillo un peu uniforme et débraillé de Nicolas Cavallier (au français peu compréhensible, d'après Magicalme qui n'avait pas les surtitrages), le trio de tête était excellent.
Andrew Richards, malgré un français un peu laborieux, ou du moins peu idiomatique, nous présenta un José touchant, pas seulement brute épaisse, pas seulement rouleur de mécanique, plutôt un simple homme qui se fait prendre dans les filets de la bohémienne. Question chant, c'était très honnête, même si l'on sentait qu'il fatigait à partir du troisième acte.

Anne-Catherine Gillet fut à mes yeux la reine de la soirée. Je n'avais entendue quen termes élogieux, et ce fut un plaisir, et même un grand choc de l'entendre enfin... Quelle voix ! Quel sens du phrasé ! Quelle finesse ! Et son incarnation subtile et atendrissante de Micaëla acheva de nous conquérir, si besoin était encore. Sa longue prière au troisième acte était un moment d'anthologie, ainsi que son duo avec José.

L'autre Anne-Catherine de la soirée, italienne celle-ci, était sans doute la plus attendue, y compris par moi. Je me souvenais de son Era la notte, où, malgré le fait que je ne m'y connaissais à l'époque pas du tout en la matière, j'avais était impressionné par son aisance vocale et scénique. J'avoue ma légère déception à la vue et à l'audition de sa Carmen. Bien sûr, le chant est suprêmement maîtrisé, les couleurs immenses, le volume et le format vocaux impressionnants, le français quasiment irréprochable, pourtant, je ne pouvais m'empêcher de souhaiter une Carmen plus variée. Ce que j'ai vu ce soir-là, mais aussi entendu, c'est une Carmen belle, fière, mais pas cruelle comme je me l'imaginais. Oui, j'aurais préféré que le beau chant soit un peu sacrifié au profit d'une Carmen un peu plus "salope", plus cruelle, plus manipulatrice. Avec Anna-Caterina Antonacci, nous étions face à une séductrice qui contrôle peu, qui agit comme s'il elle n'avait pas d'autre choix, comme si tout cela se faisait malgré elle. C'est évidemment une vision tout à fait recevable, mais j'aime plus l'image de femme vraiment forte et qui fait ce qu'elle veut lorsqu'elle le désire.

Mais il est un autre personnage qui, peut-être, a balayé tous les individus ce soir-là : le choeur. Le Monteverdi Choir, réputé comme un des meilleurs du monde, n'a pas volé sa renommée : prononciation impeccable que certains choeurs français sont incapables d'obtenir, homogénéité irréprochable, énergie dévastatrice et jeu d'acteurs sans faille ! Un choc réel d'entendre un ensemble à un tel niveau.

D'ailleurs, le troisième choc venait de la fosse : là aussi, entendre un orchestre jouer à un tel niveau dans une fosse d'opéra, c'est un plaisir intense. D'autant que les instruments d'époque sont réputés pour être plus délicats et moins maîtrisés que les instruments modernes ; eh bien là, pas une trace de cette difficulté ! Un son plein, riche, homogène, servant à merveille l'orchestration recherchée de Bizet, la verdeur des instruments appuyant la dynamique naturelle de l'oeuvre. Tous les solistes brillent, et l'ensemble est éblouissant. La direction de Gardiner est exemplaire, précie et souple.

La mise en scène fut en réalité le point faible de la soirée, car trop ordinaire. Les décors sont magnifiques, mais il y a beaucoup de temps où il ne se passe pas grand chose de décisif. Alors, on observe, bercés par des images agréables mais nullement fortes. A ce titre, le dernier acte est complètement raté : ce que propose le livret, ce que suggère la musique, Adrian Noble l'a réduit à une fin banale, où l'on n'a nullement l'impression d'assister à une tragédie. Où est la foule promise ? Où est la cruauté de José ? Où est le tour de force des deux plans scéniques, avec arènes derrière et meurtre devant ? Bref, c'est dommage, car cela a fini par faire un peu retomber le soufflé...

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Dimanche 19 juillet 2009
- Publié dans : Musique classique
Par SuperGarfield
Orchestre philarmonique Tchèque - Eliahu Inbal, direction
Jeudi 28 avril 2009, Rudolfinum de Prague
Antonin Dvorak : 5e Symphonie
Dmitri Chostakovitch : 5e Symphonie



Cataclysme sublime


Voilà un concert qui commence à dater, mais qui mérite bien un compte-rendu spécial ! A la faveur de notre voyage à Prague fin avril, nous avons profité des concerts offerts là-bas, qui plus est à un prix très bas comparé à ceux pratiqués en France. En plus d'Eugène Onéguine (voir article précédent), nous avions réservé pour un concert de la prestigieuse Philarmonie Tchèque, dans la salle non moins prestigieuse du Rudolfinum. C'est un lieu superbe, richement décoré, et surtout, à l'acoustique extraordinaire. Tout s'entendait à merveille, pas un instrument au dessous d'un autre, pas une miette de musique de perdue. Si l'on ajoute que la taille relativement réduite de la salle évite d'être placé très loin de l'orchestre (nous étions au fond, et la visibilité ainsi que le son étaient excellents), les conditions étaient déjà particulièrement bonnes pour apprécier ce concert à sa juste valeur.



Ce soir-là, c'étaient deux Cinquièmes symphonies qui étaient à l'honneur, sans ouverture ni concerto. Celle de Dvorak, que je ne connaissais pas (et pour cause, qui connaît en France les six voire sept premières symphonies de Dvorak ?), s'est avérée plutôt belle, mais curieusement, m'a paru plus difficile d'accès que les superbes huitième et neuvième. En effet, la durée est largement supérieure, l'écriture semble plus complexe, ou du moins plus mouvante tonalement parlant, et la durée des mouvements ôte cette impression de concision que peuvent offrir les deux dernières symphonies du Tchèque.

Ce sentiment est, cela étant, probablement biaisé par le fait que la lecture qu'en ont donnée Eliahu Inbal et l'orchestre tchèque apparaissait assez brouillonne, peu concentrée, sans grande vision d'ensemble. Outre plusieurs soucis d'ordre technique (justesse, mise en place, sonorité), la musique donnait l'impression d'être parsemée de longs tunnels, où le flux musical n'était pas vraiment évident, naturel. C'est dommage, car je suis certain que cette symphonie méconnue possède bien des trésors que cette soirée nous a masqués.

Changement total avec la Cinquième Symphonie de Chostakovitch. De cette oeuvre très connue et particulièrement accessible, on pouvait craindre un affadissement du propos, car cette musique si belle se laisse facilement bercer par elle-même, laissant de côté tout l'aspect protestataire que contiennent ces pages souvent bien irolniques (le Scherzo, le Finale). Point de déconvenue avec Inbal. En effet, le chef affirma dès l'extraordinaire premier mouvement ce qu'était cette musique : un cataclysme. Cette montée inexorable vers une marche volontiers caricaturale puis cette tempête de violence, scandée fortissimo par l'orchestre, fut exécutée avec la plus grande intensité. Inbal se jetait à corps perdu dans cette musique apocalyptique, dès les premiers rythmes pointés énoncés aux cordes.
Le scherzo, que l'on aurait pu espérer plus vif, fit toutefois mouche : le tempo relativement lent n'empesa point l'ensemble, et lui conféra au contraire une grossiereté supplémentaire probablement voulu par le compositeur, tant ce mouvement s'affiche ouvertement comme une moquerie grinçante du pouvoir stalinien.
Vint alors le sublime Largo, deuxième sommet de cette symphonie. Si on a pu alors noter quelques scories dans les cordes, quelques entrées légèrement imprécises, un ou deux décalages, cela n'était rien à côté de l'immense arche que le chef et les musiciens ont construite. Dès l'introduction confiée aux cordes, l'on devinait la volonté d'Eliahu Inbal de faire de ce magnifique entrelacs de voix non pas une page apaisante et lyrique, mais au contraire l'écho d'une douleur enfouie profondément. Le tempo plutôt vif pour un Largo, les cordes acérées, les aigus tirés : tout concourait à tendre la musique, à faire ressortir la violence qu'elle contenait. Le point culminant du mouvement, avec ses coups secs de xylophone, consituait l'aboutissement de cette vision torturée, déchirante, où la tension ateint son point maximal, avant de se finir dans un calme et un apaisement relatifs, où poignait encore la douleur.
Le final, enfin, fut éblouissant de force, de grandeur, mais pour autant, pas exempt de ce second degré dont l'absence peut faire basculer facilement ce mouvement dans une fresque épique loin de la volonté du compositeur. Le blogueur David LeMarrec parlait à juste titre d'un final en carton-pâte, et ce fut effectivement l'impression que laissa au final l'orchestre. Tout était trop grossier, trop outré, trop buyant ou trop peu sonore pour être complètement sérieux. Le tripe forte que le chef tira de l'orchestre fut réellement impressionnant, voire exténuant, après une telle débauche de 45 minutes, mais traduit à merveille tout ce que cette musique avait de volontairement caricatural.

Un mot sur la prestation de l'orchestre durant cette deuxième partie. Si on pouvait regretter un léger manque d'unité des cordes, et un son un peu acide par moments, l'engagement des musiciens était tel qu'on ne leur tenait guère rigueur de ces petits défauts. La symphonie de Chostakovitch permit en outre aux somptueux vents de déployer leur talent et leur sonorité très typée, loin de la rondeur des orchestres Français.

Une soirée inoubliable, tout simplement.

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Vendredi 17 juillet 2009
- Publié dans : Musique classique
Par SuperGarfield
Commençons donc par les vieilleries, avec des comptes-rendus rapides et sans doute un peu bâclés, mais enfin, tant de choses à rattraper !

Février 2009 :

Lady Sarashina, de Peter Oëtvös à l'Opéra Comique :

Oeuvre magnifique qui me redonne de l'espoir vis-à-vis de la musique contemporaine. Le livret est magnifique, passionnant, l'oeuvre excellement agencée, concise (1h15 environ), ne dédaignant pas l'expression lyrique, ni les effets modernes : une grande réussite, portée par un excellent orchestre (Lyon) et trois très bons chanteurs. A guetter sur les scènes, mais l'oeuvre a toutes les chances d'entrer au répertoire.

Hydrogen Jukebox
, de Philip Glass au TAP de Poitiers :

Première française d'un opéra qui n'est qu'une succession de chansons mises en musiques pour trois bois, percussions et des synthétiseurs qui datent beaucoup l'oeuvre. La musique est sans grand intérêt, resucée de chez resucée, hormis quelques moments planants ou hypnotisants comme Glass savait encore un peu en faire (mais cela n'engage que moi, Magicalme a aimé !). L'interprétation d'Ars nova est remarquable. Reste le livret d'Allen Ginsberg, complètement halluciné, d'une très grande force malgré un discours souvent obscur, et la mise en scène de Joël Jouanneau, intelligente, efficace, créant un lien dans cet ensemble hétéroclite. Dommage qu'il n'y ait eu aucun surtitrage !




Mars 2009 :

Albert Herring, de Benjamin Britten, à l'Opéra Comique :

Probablement le meilleur spectacle de la saison à mes yeux. Oeuvre excellente, livret très drôle, chanteurs excellents, avec mention spéciale à Allan Clayton en Albert et Felicity Palmer en Mrs Pike. Orchestre de l'opéra de Rouen soigneusement dirigé par Laurence Equilbey et mise en scène de Richard Brunel décapante, avec mille idées à la seconde, pas de temps mort, une utilisation de l'espace scénique formidable, avec notamment un plateau tournant du meilleur effet, dévoilant sournoisement ce qu'il se passe derrière les facades. Le passage de l'épicerie est anthologique, avec utilisation des micros et des téléphones portables pour mieux inscrire l'oeuvre dans notre époque pas si différente de celle des années 60. Une réussite totale !

Dans la colonie Pénitentiaire, de Philip Glass, au Théâtre de Nîmes :

Deux jours après Albert Herring, nous retrouvions Richard Brunel pour une mise en scène très efficace, bien qu'un peu longue à se mettre en route. Une petite discussion avec lui en sortant du théâtre nous a appris que l'utilisation du plateau tournant était juste une coïncidence (rapport à la mes de Britten), et que le sens était tout à fait différent ce soir-là, ledit plateau tournant illustrant l'emballement de la machine de torture imaginée par le général psychopathe(excellent Stephen Owen) tout fier de décrire au visiteur (correct Stefano Ferrarri) sa "belle" invention.
La nouvelle de Kafka est excellente, et le livret adapte intelligemment le texte. La musique de Glass est un peu meilleure que celle d'Hydrogen Jukebox, mais cela reste assez banal et on fatigue d'entendre ce recyclage : encore une oeuvre où il ne s'est pas foulé !
Le quintette à cordes de l'Opéra de Lyon joue cette musique sans grande conviction, ce que l'on peu, en un sens, comprendre.

Ensemble Orchestral de Paris dans Mendelssohn, Weber, Finzi, Schumann ; Théâtre des Champs-Elysées

Concert assez moyen, avec toujours les mêmes défauts de l'orchestre : musicalité limitée, attitude fonctionnariale, ensemble peu homogène,... malgré tous les efforts de l'énergique Joana Carneiro, jeune chef vivante et et au potentiel certain. L'Ouverture du Songe d'une nuit d'été est correcte mais assez plate, la création de Graciane Finzi, La tombée du jour, aux textures intrigantes mais un peu uniformes est desservie par un Laurent Naouri chantant dans ses baskets ; le Concerto pour basson de Weber est joué énergiquement par Fanny Maselli, même si on n'évite pas quelques pains, ni une trop grande propension aux oeillades (ce Concerto jovial le permet, mais pas si souvent) ; enfin la 2e Symphonie de Schumann souffre de la comparaison avec le Chamber orchestra of Europe, et la bonne volonté de la chef ne suffit pas : l'orchestre ne suit pas, le niveau technique est limite, et le sublime Adagio est totalement raté.



Avril 2009 :

Riders to the Sea
, de Ralph Vaughan Williams, à l'Athénée Louis Jouvet :

Superbe ouvrage, très court (une heure, guère plus), intimiste, triste, au livret touchant de simplicité et de désarroi. Textures orchestrales superbes, desservies par un orchestre du Théâtre de Reims (dirigé par Jean-Luc Tingaud) imprécis, aux sonorités assez laides, surtout chez les cordes.La mise en scène est bonne, sans plus. Les chanteurs et le choeur sont tout à fait satisfaisants, et le cycle de mélodies qui ouvre le spectacle est du même niveau musical.

Orchestre de la BBC, dans Britten, Strauss, Dvorak ; Théâtre des Champs Elysées

Les magnifiques Quatre interludes marins de Britten sont joués avec virtuosité et fougue par l'orchestre sous la houlette d'un Jiri Belohlavek décidément souvent très inspiré. Les Quatre Derniers Lieders de Strauss sont chantés par Karita Mattila avec beaucoup de prestance, même si un vibrato trop prononcé et un peu serré affecte l'ensemble. Triomphe auprès un public conquis d'avance. L'occasion également de m'apercevoir que cette musique est aussi belle que chiante !
L'orchestre finit par une Symphonie du Nouveau Monde très moyenne, pleine d'imprécisions, sans beaucoup de souffle lyrique, entichées de sonorités pas toujours très flatteuses. Dommage.

Eugène Onéguine, de Tchaïkovski à l'opéra national de Prague

Jolie découverte pour ma part de cet opéra captivant à plus d'un titre, dans une mise en scène signée Andreï Serban, assez banale malgré quelques réussites visuelles (tapis de fleurs, scène de la lettre,...). L'orchestre de l'opéra de Prague, dirigé par John Fiore avec énergie, n'est pas une grosse machine infaillible, mais il y a de la poésie malgré une certaine atonie ponctuelle.
Roman Janal est un Onéguine bien chantant, Vladimir Prolat s'époumone en Lenski, Hannah Esther Minutillo est correcte en Olga, Dana Buresova émouvante en Tatiana.
Et la salle est magnifique !

Le Roi Malgré lui, d'Emmanuel Chabrier, à l'Opéra Comique :

L'oeuvre est passionnante, d'une finesse exquise, mais le troisième acte est long, assez ennuyeux, sans grands moments. La mise en scène de Laurent Pelly commence à merveille, avec une intéressante mise en abyme, les chanteurs simulant une répétition, puis on se lasse de voir ces trois personnages muets, sortes de répétiteurs, constamment sur le plateau, envahissant l'espace et atirant le regard avec des gags visuels un peu lourds à la longue. C'est plein d'idées, mais pas toujours très bien mené, même s'il faut reconnaître le talent de Pelly, qui n'a guère d'équivalent dans le monde de la mise en scène.
Jean-Sébastien Bou est un Roi bien chantant, mais au timbre un peu faible par moments. Franck Leguérinel est excellent en Duc lâche et faible : jeu d'acteur, projection vocale, diction, tout est impeccable. Magali Léger compense par son timbre, ses vocalises et son physique une émission un peu... légère et une articulation loin d'être limpide, tandis que Sophie Marin-Degor fait sensation en vamp tyrannique, malgré une diction là encore qui gagnerait à être améliorée.
William Lacey dirige avec entrain un Orchestre de Paris d'un sérieux qui laisse pantois dans une telle oeuvre.

Mai 2009 :

Ensemble Orchestral de Paris dans Villa-Lobos, Gorecki et Haydn ; Théâtre des Champs-Elysées.

Dirigé par Paul Watkins, l'orchestre commence avec Trois Pièces dans le style ancien d'Henryk Gorecki sans grand relief (il faut dire que l'oeuvre n'est pas tout à fait passionnante) qui passent bien vite. Le chef dirige ensuite du violoncelle la Bachianas Brasileiras n°1 de Villa-Lobos, très dansante et vive, malgré les douloureux unissons des deux premiers instrumentistes (dont Watkins, au son se démarquant trop de l'ensemble), puis la n°5 avec une Sandrine Piau radieuse comme à son habitude, incitant à l'indulgence face aux quelques décalages ou imprécisions qui parsement l'interprétation.
S'ensuit une Symphonie n°104 de Haydn bien plus vivante et engagée que ce que nous pouvions attendre, avec de bons solistes et une énergie constante. En revanche, les trompettes sont toujours aussi moyennes, et je ne me fais toujours pas au hautbois de Daniel Arrignon...

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Dimanche 1 mars 2009
- Publié dans : Musique classique
Par SuperGarfield
Philip Glass : Les Enfants Terribles
(d'après l'oeuvre de Jean Cocteau)
Véronique Briel, Stéphane Petitjean, Vincent Leterme : pianos et direction musicale
Mise en scène : Paul Desveaux

Dargelos, Agathe : Muriel Ferraro
Elisabeth : Myriam Zekaria
Gérard : Damien Bigourdan
Paul : Jean-Baptiste Dumora

Paris, Théâtre de L'Athénée - Louis Jouvet, samedi 14 février 2009



C'était la deuxième fois que nous voyions ce spectacle, présenté l'année précédente au Théâtre 71 de Malakoff. A l'époque, il nous avait fait forte impression, tant grâce au livret qu'à la musique et à la mise en scène. Nous avons failli rater un des rares passages d'une oeuvre de Glass à Paris, mais fort heureusement, nous sommes parvenus à acheter deux des trois dernières places restantes pour la dernière représentation, et nous avons ainsi pu revivre ce moment qui nous avait tant marqué.

Ce qui fait la force de cet opéra, c'est tout d'abord son livret, d'une richesse incroyable. L'intrigue de Jean Cocteau gravite autour de deux frère et soeur à la fin de l'adolescence, Paul et Elisabeth, liés par un amour fusionnel ("sans aucun gêne", nous dit le narrateur), et s'adonnant à ce qu'ils nomment "le jeu", c'est-à-dire une immersion simultanée dans un univers parallèle, auquel seuls eux ont accès. Auprès d'eux, Gérard, narrateur de l'histoire, amoureux d'Elisabeth, tente de s'immiscer dans leur intimité, ce qu'il parvient à faire finalement, lorsqu'arrive Agathe, chargée d'apprendre le métier de modèle à Elisabeth. Ils emménagent ensemble dans la grande maison du richissime nouveau mari d'Elisabeth, qui se tue en voiture le lendemain de leur mariage. Se forme alors un microcosme dans lequel les quatre personnages évoluent, avec le traditionnel lot d'amour, de haine et de jalousie. Ainsi, Gérard est toujours amoureux d'Elisabeth, Paul quant à lui aime Agathe passionément, qui le lui rend bien, sans que chacun soit au courant des sentiments de l'autre.
Cette situation de base donne lieu à de formidables portraits psychologiques. Il faut citer tout d'abord la relation quasi incestueuse de Paul et Elisabeth, mus par un amour et une complicité troublants dont on ne discerne pas bien les contours. Leur "jeu" symbolise le monde de l'enfance, l'innocence du frère et de la soeur ; on apprend toutefois au cour de la pièce que "le jeu" est similaire aux effets de la drogue qu'Agathe consomme régulièrement.
Le statut sexuel de Paul est lui aussi particulièrement flou : ce dernier ne semble pas aimer un sexe mais une personne. Ainsi, on s'étonne qu'au début de la pièce, lorsque l'élève nommé Dargelos lui lance un pavé dans la poitrine, Paul prenne sa défense. Plus tard, on comprend grâce à la photo de ce même Dargelos que Paul caresse amoureusement, qu'il en est amoureux. Et lorsqu'Agathe s'immisce dans sa vie, il en tombe pareillement amoureux, puisqu'Agathe est... le portrait craché de Dargelos.
Le personnage le plus riche, et qui domine la pièce est sans aucun doute Elisabeth, soeur jalouse et dominatrice, profitant de la faiblesse naturelle de Paul pour se jouer de lui à plusieurs reprises, et le mener selon son bon vouloir. Ainsi, lorsqu'elle apprend que Paul et Agathe sont amoureux l'un de l'autre, elle met tout en oeuvre pour empêcher qu'ils l'apprennent, ne supportant pas que Paul s'éloigne d'elle pour une autre. Sa machination finale n'est pas sans rappeler la Marquise de Merteuil des Liaisons Dangereuses, supposément insensible, mais dont on comprend finalement l'amour qu'elle porte à Valmont.
Cette sombre histoire mène Paul à s'empoisonner en pensant ne pas être aimé d'Agathe, et Elisabeth à menacer de mort cette dernière pour finalement... se tirer une balle dans le crâne. Cette fin abrupte n'est le que le seul prolongement possible de l'inexorable sortie de l'enfance des deux frère et soeur : la mort de leur mère, le travail et le mariage d'Elisabeth, leur éloignement progressif, les premiers sentiments amoureux,... Si l'on ajoute à cela l'intrusion dans leur monde de deux autres personnes, la seule issue s'offrant à eux lors de leur passage à l'âge adulte est bien la mort, leur esprit éternellement enfantin ne supportant pas un tel changement.

Sur ce livret que certains critiques ont trouvé ampoulé, sans intérêt, et que je considère simplement comme extrêmement riche, Philip Glass a posé une musique intimiste et relativement sobre. Il faut dire que le choix de trois pianos électriques n'est pas anodin, et que l'absence de variation de timbres permet une grande continuité dans la musique, et unit la trame d'un bout à l'autre de l'histoire. Musicalement, notre Philounet s'est trouvé bien plus inspiré qu'à l'accoutumée, variant bien plus les rythmes, les couleurs harmoniques que dans ses partitions alimentaires si fréquentes, malheureusement. Bon, évidemment, il fait du Philip Glass, et on retrouve toujours ses arpèges, ses batteries de tierces ou d'octaves, mais le tout est ficelé de manière plus réfléchie et mieux organisée que lorsqu'il compose sans réfléchir d'improbables B.O. de films.



Côté vocal, le plateau est satisfaisant. Damien Bigourdan, dans le rôle de Gérard, convainc parfaitement lors de la narrtion, avec une diction naturelle et franche. En revanche, lorsqu'il se met à chanter, c'est nettement moins probant, tant il semble fâché avec la justesse, pourtant pas l'élément le plus difficile de la musique de Glass. Reste la diction limpide du français. Myriam Zekaria est une Elisabeth très convaincante et bien chantante, en dépit d'aigus un peu serrés et criards. L'articulation du texte est parfois un peu prise en défaut, mais c'est tout à fait intelligible dans l'ensemble. Muriel Ferraro est une Agathe puissante, au timbre chaud et plein, et à la diction impeccable. Celui qui s'avère le meilleur élément du plateau est sans aucun doute le baryton Jean-Baptiste Dumora, disposant à la fois d'une présence scénique de premier ordre, d'un jeu d'acteur parfaitement convaincant, d'une voix pleine et puissante, d'une justesse sans faille, et d'une prononciation de la langue parfaite de bout en bout.
Les trois pianistes servent avec précision la partition, et Dieu sait si c'est important dans la musique de Philip Glass ! Ca nous change des interprétations floues et brouillonnes du compositeur lui-même !

La mise en scène de Paul Desveaux, si elle a fait moins forte impression que l'année passée, est très bien réglée : sans temps mort, avec des interludes dansés tout à fait à leur place, et assez troublants, le tout dans un décor sobre, dépouillé, avec un joli fond de scène (où les pianistes jouent installés entre des arbres) et un sable vert sur tout le sol. On peut juste regretter que l'espace clos de la chambre n'ait pas été mieux représenté sur la scène, où le côté trop ouvert ne rend pas suffisamment compte du huis-clos dans lequel s'enferment les quatre protagonistes.

Un beau spectacle en somme, malgré quelques scories parfois préjudiciables à la réussite d'ensemble.

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