Cette journée à Avignon, partagée entre le Off et le In, commençait par un spectacle, du off donc, adapté de la pièce de Maurice Mæterlinck, L'oiseau bleu, par la compagnie du Théâtre du
Kronope. Cette adaptation mettait en scène deux comédiennes, ainsi qu'un musicien sur scène, utilisant à la fois des instruments réels et des sons pré-enregistrés. L'histoire de cette pièce, sans
doute la plus connue de Mæterlinck (si tant est qu'il soit aujourd'hui connu pour autre chose que ses mivrets d'opéra pour Debussy et Dukas), est celle d'un jeune homme parti à la recherche de
l'oiseau bleu, sensé apporter la connaissance universelle à celui qui le capturera. Sur son chemin, il rencontre une vieille femme âgée de quatre-vingt dix neuf ans, une sorte de fée qui
l'accompagne dans sa quête. Quiconque lui déclarera quelle est belle mourra. Pourtant, au fur et à mesure de leur progression, à travers des paysages différents, le jeune homme se rend compte que
ce qu'il trouve dépasse largement la simple connaissance, et il apprend à voir ce qui s'offre vraiment à ses yeux. La pièce devient alors tour à tour une réflexion sur le bonheur, l'amour, la mort,
ou la naissance, entre autres, jusqu'au dénouement final.
L'approche de la metteuse en scène et interprète, Joëlle Richetta, basée sur un travail du masque et des costumes, très fouillés, met en lumière à la fois les moments très enfantins de la pièce, mais aussi la réflexion profonde que celle-ci développe. S'enchainent ainsi des moments d'une rare poésie: un tube de tulle éclairé dans lequel avancent les deux personnages suggère ainsi la brume du « pays des souvenirs » où le jeune garçon retrouve les morts, les fantômes de ceux qu'il a connus; une sphère lumineuse et blanchâtre, qui représente le monde des gens à naître, et la lumière qu'ils apporteront sur le monde par leur savoir...
Cela ne serait pourtant rien sans l'énergie des interprètes, Joëlle Richetta, en tête, qui sert magnifiquement son rôle de fée et vieille femme, ainsi que les autres personnages qu'elle figure par le biais de masques ou de costumes différents. Le ton est tantôt grave, tantôt emporté par un élan de poésie, avec une variété de registres toujours à propos. Elsa Stirnemann-Coqueran, dans le rôle du jeune homme, fait montre d'un jeu un peu moins nuancé et subtil, mais cela a sans doute trait au rôle, beaucoup moins varié. Quant à Giulio Berutto, il contribue fortement avec ses musiques « de scène » à la réussite de l'ensemble, et n'est jamais par-dessus le jeu des acteurs, soulignant simplement au contraire le fil narratif par ses ambiances sonores. Une très bonne surprise donc que ce spectacle.
Le deuxième gros rendez-vous de la journée, après un spectacle de Baratha Natyam plutôt reposant et réussi, était, dans le in cette fois, la mise en scène par le cinéaste Christophe Honoré de la pièce de Victor Hugo, Angelo, Tyran de Padoue. Pièce peu fréquente dans les programmations, à l'intrigue rocambolesque comme seuls savent les faire en principe les auteurs de livrets d'opéra, Angelo... met en scène le Tyran précité, qui exerce sa domination sur les femmes: la sienne, Catarina, qu'il n'aime pas et tient cloîtrée depuis leur mariage, et sa maîtresse , une actrice nommée La Tisbe, qui déclenche chez lui une jalousie maladive, alors que celle-ci ne l'aime pas, étant éperdue d'un autre (Rudolfo) qu'elle fait passer pour son frère, et qui, lui, est amoureux de Catarina qu'il n'a pas vue depuis sept années. (ouf!) Un amant éconduit de sa femme, Homodei, lui tend un piège, déclenchant la jalousie vengeresse du mari, et La Tisbe se retrouve tiraillée entre le désir de nuire à la femme et l'envie de protéger celui qu'elle aime, même si elle n'est pas aimée en retour. S'ensuivent des rebondissement tous plus inénarrables les uns que les autres: faux poison, meurtre du conspirateur etc.
Ce qui surprend, ou ne surprend pas à dire vrai, d'emblée, dans la mise en scène, c'est sans doute le ton très « Avignon in »: le premier acte se déroule ainsi durant une fête mondaine, musique pop-rock à fond, costumes haute couture (de Yhoji Yamamoto) déstructurés... En fin de compte, cela correspondait bien à l'idée que je me faisais du « in »: quelque chose de volontairement revu au goût du jour, parfois un peu « posé », se voulant « tendance » … Ce n'était pas une mauvaise chose, dans le fond, pour ce qui est d'Angelo, et cela n'a pas nuit à la pièce, étant même de bon aloi, puisque fonctionnant au fond relativement bien. La frayeur initiale que j'ai ressentie venait bien plutôt des acteurs: la voix de la pourtant remarquable Clotilde Hesme (La Tisbe) n'a sûrement pas dépassé le troisième rang pendant les dix premières minutes de la pièce, ni celle de Marcial di Bonzo Fo (Angelo). Mais, passés ces quelques moments, grâce aussi sans doute à l'agitation propre à l'intrigue, les choses se sont déliées, et définitivement améliorées pour la suite du spectacle.
Il n'y avait alors plus qu'à se laisser porter: la mise en scène, sans être foncièrement très fouillée, était tout à fait efficace; le décor, un échafaudage qui permettait de laisser coulisser au sol deux plateaux représentant un salon et une chambre, visibles même repoussées sur le côté, n'y était pas pour rien. Dommage que le travail, relativement basique, sur les lumières, n'ai pas été à la hauteur (à part sans doute pour la fin, plongée dans une lumière rouge oppressante, mais pas très originale non plus), sans pour autant desservir la mise en scène. Quelques éléments restaient obscurs: la présence constante de plusieurs hommes de main sur le décors, dans l'obscurité, qui permettait de se rincer l'œil quand deux d'entre eux, bien bâtis, se caressaient l'un l'autre en slip, mais laissait plus perplexe lorsque le premier de ces deux, affublé d'une tête de cheval, se faisait épiler les jambes par le deuxième! Même si cela ne desservait pas non plus la mise en scène, apportant de surcroît une touche d'humour, déjà propre au drame romantique tel que théorisé par Hugo, et donc stylistiquement plutôt correcte.
Christophe Honoré n'a finalement pas résisté à l'attrait du cinéma, déjà très présent au long de la pièce à travers un micro servant aux apartés des personnages, en inventant un épilogue filmé, situé qui plus est à Denfert-Rochereau à Paris. Trouvaille pas forcément nécessaire, mais pas non plus sans intérêt, puisqu'elle n'en montre finalement pas beaucoup: un simple chassé croisé amoureux (ou qui ne l'est plus vraiment, on ne peut trancher) entre les deux personnages filmés, sur fond de musique rock, là encore, qui clôt la pièce de manière très poétique.
Les acteurs principaux (j'ai oublié de citer Emmanuelle Devos dans le rôle de Catarina) portaient la pièce, mais cela pêchait un peu plus du côté des seconds rôles: la Dafné d'Anaïs Demoustier était bien trop mièvre et simplette, même si le rôle y est pour une part. L' Homodei de Julien Honoré était quant à lui un peu trop systématique dans le flegme, enlevant de là une partie de l'épaisseur psychologique du personnage. Pour autant, ne crachons pas dans la soupe: cela reste un spectacle de très haut niveau, et une vraie bonne surprise quant au talent de metteur en scène de Christophe Honoré. Les spectateurs ne s'y sont pas trompé, puisqu'une seule huée, rapidement étouffée s'est faite entendre au milieux des ovations.
L'approche de la metteuse en scène et interprète, Joëlle Richetta, basée sur un travail du masque et des costumes, très fouillés, met en lumière à la fois les moments très enfantins de la pièce, mais aussi la réflexion profonde que celle-ci développe. S'enchainent ainsi des moments d'une rare poésie: un tube de tulle éclairé dans lequel avancent les deux personnages suggère ainsi la brume du « pays des souvenirs » où le jeune garçon retrouve les morts, les fantômes de ceux qu'il a connus; une sphère lumineuse et blanchâtre, qui représente le monde des gens à naître, et la lumière qu'ils apporteront sur le monde par leur savoir...
Cela ne serait pourtant rien sans l'énergie des interprètes, Joëlle Richetta, en tête, qui sert magnifiquement son rôle de fée et vieille femme, ainsi que les autres personnages qu'elle figure par le biais de masques ou de costumes différents. Le ton est tantôt grave, tantôt emporté par un élan de poésie, avec une variété de registres toujours à propos. Elsa Stirnemann-Coqueran, dans le rôle du jeune homme, fait montre d'un jeu un peu moins nuancé et subtil, mais cela a sans doute trait au rôle, beaucoup moins varié. Quant à Giulio Berutto, il contribue fortement avec ses musiques « de scène » à la réussite de l'ensemble, et n'est jamais par-dessus le jeu des acteurs, soulignant simplement au contraire le fil narratif par ses ambiances sonores. Une très bonne surprise donc que ce spectacle.
Le deuxième gros rendez-vous de la journée, après un spectacle de Baratha Natyam plutôt reposant et réussi, était, dans le in cette fois, la mise en scène par le cinéaste Christophe Honoré de la pièce de Victor Hugo, Angelo, Tyran de Padoue. Pièce peu fréquente dans les programmations, à l'intrigue rocambolesque comme seuls savent les faire en principe les auteurs de livrets d'opéra, Angelo... met en scène le Tyran précité, qui exerce sa domination sur les femmes: la sienne, Catarina, qu'il n'aime pas et tient cloîtrée depuis leur mariage, et sa maîtresse , une actrice nommée La Tisbe, qui déclenche chez lui une jalousie maladive, alors que celle-ci ne l'aime pas, étant éperdue d'un autre (Rudolfo) qu'elle fait passer pour son frère, et qui, lui, est amoureux de Catarina qu'il n'a pas vue depuis sept années. (ouf!) Un amant éconduit de sa femme, Homodei, lui tend un piège, déclenchant la jalousie vengeresse du mari, et La Tisbe se retrouve tiraillée entre le désir de nuire à la femme et l'envie de protéger celui qu'elle aime, même si elle n'est pas aimée en retour. S'ensuivent des rebondissement tous plus inénarrables les uns que les autres: faux poison, meurtre du conspirateur etc.
Ce qui surprend, ou ne surprend pas à dire vrai, d'emblée, dans la mise en scène, c'est sans doute le ton très « Avignon in »: le premier acte se déroule ainsi durant une fête mondaine, musique pop-rock à fond, costumes haute couture (de Yhoji Yamamoto) déstructurés... En fin de compte, cela correspondait bien à l'idée que je me faisais du « in »: quelque chose de volontairement revu au goût du jour, parfois un peu « posé », se voulant « tendance » … Ce n'était pas une mauvaise chose, dans le fond, pour ce qui est d'Angelo, et cela n'a pas nuit à la pièce, étant même de bon aloi, puisque fonctionnant au fond relativement bien. La frayeur initiale que j'ai ressentie venait bien plutôt des acteurs: la voix de la pourtant remarquable Clotilde Hesme (La Tisbe) n'a sûrement pas dépassé le troisième rang pendant les dix premières minutes de la pièce, ni celle de Marcial di Bonzo Fo (Angelo). Mais, passés ces quelques moments, grâce aussi sans doute à l'agitation propre à l'intrigue, les choses se sont déliées, et définitivement améliorées pour la suite du spectacle.
Il n'y avait alors plus qu'à se laisser porter: la mise en scène, sans être foncièrement très fouillée, était tout à fait efficace; le décor, un échafaudage qui permettait de laisser coulisser au sol deux plateaux représentant un salon et une chambre, visibles même repoussées sur le côté, n'y était pas pour rien. Dommage que le travail, relativement basique, sur les lumières, n'ai pas été à la hauteur (à part sans doute pour la fin, plongée dans une lumière rouge oppressante, mais pas très originale non plus), sans pour autant desservir la mise en scène. Quelques éléments restaient obscurs: la présence constante de plusieurs hommes de main sur le décors, dans l'obscurité, qui permettait de se rincer l'œil quand deux d'entre eux, bien bâtis, se caressaient l'un l'autre en slip, mais laissait plus perplexe lorsque le premier de ces deux, affublé d'une tête de cheval, se faisait épiler les jambes par le deuxième! Même si cela ne desservait pas non plus la mise en scène, apportant de surcroît une touche d'humour, déjà propre au drame romantique tel que théorisé par Hugo, et donc stylistiquement plutôt correcte.
Christophe Honoré n'a finalement pas résisté à l'attrait du cinéma, déjà très présent au long de la pièce à travers un micro servant aux apartés des personnages, en inventant un épilogue filmé, situé qui plus est à Denfert-Rochereau à Paris. Trouvaille pas forcément nécessaire, mais pas non plus sans intérêt, puisqu'elle n'en montre finalement pas beaucoup: un simple chassé croisé amoureux (ou qui ne l'est plus vraiment, on ne peut trancher) entre les deux personnages filmés, sur fond de musique rock, là encore, qui clôt la pièce de manière très poétique.
Les acteurs principaux (j'ai oublié de citer Emmanuelle Devos dans le rôle de Catarina) portaient la pièce, mais cela pêchait un peu plus du côté des seconds rôles: la Dafné d'Anaïs Demoustier était bien trop mièvre et simplette, même si le rôle y est pour une part. L' Homodei de Julien Honoré était quant à lui un peu trop systématique dans le flegme, enlevant de là une partie de l'épaisseur psychologique du personnage. Pour autant, ne crachons pas dans la soupe: cela reste un spectacle de très haut niveau, et une vraie bonne surprise quant au talent de metteur en scène de Christophe Honoré. Les spectateurs ne s'y sont pas trompé, puisqu'une seule huée, rapidement étouffée s'est faite entendre au milieux des ovations.
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